Les miraculés de la neige

 

SEPT JOURS PRISONNIER DE L'AVALANCHE

RESCAPÉ DE L'AVALANCHE DE LA PILATTE

44 HEURES SOUS l,50 MÈTRE DE NEIGE « BÉTON »

Pour en savoir plus


Il existe fort heureusement des cas d'accident d'avalanche qui défient les statistiques et n'obéissent pas à la fameuse courbe de survie (voir la fiche n° 1.4). On peut dire qu'après 5 heures sous la neige, ou enfouis sous plus de 3 mètres de neige, les disparus sont «statistiquement morts» ! Ceux qui échappent à cette règle peuvent être, grand bien leur fasse, considérés comme des miraculés.

SEPT JOURS PRISONNIER DE L'AVALANCHE

Voici l'extraordinaire récit de ce sauvetage, extrait du texte écrit pour la revue «Neige et Avalanches» par André Roch, le «Père des Avalanches» comme les spécialistes étrangers l'ont souvent appelé, récit tiré d'une communication de Eriksson et Skoog présentée au Xème Congrès de la Société de Traumatologie du ski (Obergurgl, Autriche, 1972).

Le jeune Evertt Stenmark, âgé de 23 ans, relevait dans la taïga ses pièges à perdrix en Laponie Suédoise. Il avait déjà quatre volatiles dans sa besace quand il est surpris par une avalanche de plaque qui l'emporte. Ses skis s'enfoncent, il tombe en avant. Il est immédiatement recouvert par 1,50 mètre de neige très compacte qui l'empêche de bouger. Respirer devient de plus en plus pénible si bien qu'il perd rapidement connaissance. De longues heures plus tard, il se réveille. L'air qu'il a expiré a formé une petite cavité devant son visage, mais ses jambes sont toujours prisonnières de la neige-béton. Il réussit peu à peu à libérer ses deux bras et à prendre son couteau avec lequel il creuse un espace autour de la tête.

Notre jeune trappeur n'a pas peur car il sait que l'on peut rester longtemps vivant sous la neige. Un de ses amis n'a-t-il pas été sauvé après trois jours d'ensevelissement ? De plus, il est fort bien vêtu, mais n'a pour toute nourriture que ses quatre perdrix crues. La chaleur de son corps fait fondre de plus en plus de neige autour de lui et sa prison s'agrandit. Il se rend compte alors qu'il est coincé contre un jeune bouleau dont il réussit à casser une branche de 70 cm de longueur. Il tente de lui faire traverser la neige qui a plus d'un mètre d'épaisseur. Avec un courage indomptable, deux jours lui sont nécessaires pour que la branche émerge de la neige. Il y fIxe alors un billet de cinéma et le bouchon de sa boîte de fart, signes non équivoques pour son frère qui le recherche. Il mange ses perdrix et quatre jours plus tard, son frère, revenu sur les lieux à tout hasard, découvre avec la surprise que l'on imagine, son astucieux signalement et peu de temps après, lui rend la liberté.

Bilan : quelques orteils en moins.

RESCAPÉ DE L'AVALANCHE DE LA PILATTE

30 avril 1959. Le prestigieux rallye international CAF-CAl s'apprête à rejoindre le refuge de la Pilatte, au pied de la face nord des Bans, au coeur de l'Oisans. Le gardien, Pierre Paquet et son aide, inquiets des 4 heures de retard dûes à la neige et au mauvais temps, décident d'aller à leur rencontre. Mais la tourmente et la brume les empêchent de voir au-delà de leurs spatules, et dès la première pente, ils sont emportés par une avalanche. C'est une énorme avalanche qui se développe sur 500 à 600 mètres de dénivellation, et qui fait sauter aux deux skieurs trois barres de rochers successives de 30 m, 2 m et 10 m.

Pierre Paquet sera le seul rescapé de cet accident. Dans une interview racontée à l'ANENA, il analysa très bien le déroulement des opérations. Par moment, il se sentait écrasé, à d'autres il pouvait respirer, à d'autres encore, il s'asphyxiait. Puis il y eut comme un roulement, et tout à coup, il se rendit compte qu'il flottait dans l'espace (le saut de la première barre de rocher). La pente étant très raide en dessous, la réception fut moins brutale que prévue. Bientôt, l'avalanche se figea. «J'étais enseveli dans la neige, et instinctivement, je me suis débattu comme une bête. L'avalanche était formée de boules qui n'étaient pas soudées et en me débattant, j'ai vu le jour ... Mes mains avaient crevé la surface de la neige et j'ai d'abord respiré un grand coup. Mais impossible de bouger mes jambes. J'avais perdu mon béret et mes gants dans l'avalanche, et à force de gratter la neige j'avais l'onglée. Alors, j'ai pensé à mon «opinel» que j'avais dans la poche. J'ai pu découper la neige en petits cubes et l'évacuer dehors. J'ai mis 2 heures et demi ou 3 h pour me dégager. Je suis descendu au pied de l'avalanche pour chercher mon copain. J'ai zigzagué sur toute l'avalanche, suis remonté jusqu'en haut, en vain. Je l'ai cherché pendant au moins 2 ou 3 heures et j'ai abandonné à la nuit. Alors, avec l'entorse du genoux qui me ralentissait, je me suis traîné au refuge où j'ai passé la nuit seul.»

Le lendemain, son fils et son beau-frère, ignorants du drame arrivent sur le lieu de l'accident. Pierre Paquet leur crie d'aller chercher du secours. Ce n'est que le lendemain que le corps de son infortuné camarade est retrouvé juste à quelques mètres de sa propre prison de neige.

44 HEURES SOUS 1,50 MÈTRE DE NEIGE « BÉTON »

Voici une autre histoire qui avait fort mal commencé et qui s'est bien terminé.

Nous sommes dans la profonde vallée italienne de Macugnaga, qui aboutit au pied de la grandiose face est du Mont Rose (4636 m). D'énormes quantités de neige sont tombées les jours précédents, et cinq touristes canadiens dont un couple, ayant peur de se retrouver bloqués et de rater leur avion, décide contre l'avis des locaux, de descendre à pied au village plus bas. A la sortie d'une galerie paravalanche, une coulée secondaire emporte la femme qui disparaît complètement. Le mari part donner l'alerte. L'accident a lieu à 11 h 50 (le 11 mars 1972), l'alerte est donnée à 13 h et une caravane de secours est sur les lieux à 13 h 55. Une équipe cynophile arrive à 14 h 30 et travaille sans résultat (la neige étant très dense et ne laissant filtrer aucune odeur vraisemblablement pendant les premières heures). Les recherches sont abandonnées à la nuit, reprises le lendemain avec le même chien toujours sans succès. Le responsable du secours, Renato Cresta, fait venir de fort loin une équipe cynophile très performante. Mais les routes sont coupées, et finalement " Zacholl, le chien de Mr. Borgna entre en action le troisième jour à 6 h 40. Environ 40 minutes plus tard, la victime est découverte sous un mètre cinquante de neige.

Elle est à demi consciente, très pâle, trempée. Son pouls et sa respiration sont perceptibles. Elle est dans un état d'hypothermie profonde et il est grand temps de la sortir. Son sac, énorme (plus de 14 kilos d'après le rapport des secouristes) a contribué à l'entraîner au fond de la neige. La victime, qui n'a pas trop cédé à la panique, s'est creusé à l'aide d'une carte de crédit et de son porte-monnaie qu'elle portait dans une poche ventrale, une cavité devant le visage. Plusieurs fois elle s'est endormie et perdit ainsi la notion du temps. Lucide, elle comprit que sa dernière heure était arrivée, ses jambes étant inexorablement prises dans un carcan de neige.

Bilan : Zacholl et son maître furent invités au Canada et furent des héros fort populaires de la télévision...

Pour en savoir plus :

Lire dans les revues de l'ANENA « Neige et Avalanches » le récit de l'accident de Pierre Paquet (n° 3, janvier 1973), le rapport de Renato Cresta consacré au sauvetage de la Canadienne (n° 5, octobre 1973) et le truculent récit d'André Roch pour l'accident du jeune suédois (n° 10, avril 1975).

Voir aussi le récit de Raoul Mathieu racontant le premier sauvetage réussi avec un ARVA «L'avalanche n'a pas voulu» publié dans le n° 21 (déc. 79) de l'ANENA et dans le n° 24 de la revue « Alpes-Dauphiné-Savoie »

 

Ceux que la chance a trahis

 

Le guide est devant. comme il se doit. Le col a été passé sans problème, le gîte d'étape serait en vue si le brouillard ne masquait la visibilité. Sans repère, le guide passe en pied de combe un peu trop haut et une petite avalanche se déclenche, l'emporte et finalement le recouvre complètement. Les clients, le moment de panique passé, organisent la recherche. C'était avant l'époque des ARVA. Bientôt retrouvé, il est retiré de la neige exsangue. Fort heureusement, dans le groupe il y a une personne du corps médical qui pratique avec succès la réanimation. Les secours ont été prévenus et bientôt l'hélicoptère arrive pour transporter la victime à l'hôpital. Pour quelle raison la réanimation est-elle interrompue quelques instants ? Bien que le trajet fût très bref, les médecins de l'hôpital ne purent rendre la vie au guide.

               

C'est la première neige, celle qui tombe en novembre. Et il est dur de résister à l'appel des cimes sous le merveilleux soleil des Alpes du Sud. Ils sont quatre, tous excellents skieurs. La combe terminale est couverte de 40 centimètres de neige fraîche qui n'adhèrent pas au sol. Le malheur veut qu'aux premiers virages tous soient plus ou moins ensevelis dans l'avalanche qu'ils viennent de déclencher. La nuit tombe et aucun n'est capable de s'en sortir tout seul. Les secours, alertés par les familles inquiètes, les découvrent au matin, sans vie. Ils étaient quatre excellents connaisseurs de la montagne, et c'était la première neige.

               

Ils sont trois pour fêter le réveillon en refuge, lui, le professionnel de la montagne initiant deux personnes de sa famille. Le temps est absolument désastreux, la tempête souffle, la neige vole en rafales. Le bivouac est décidé, à quelques centaines de mètres du refuge que personne serait bien incapable de retrouver dans de telles conditions. Il bâtit un igloo avec maestria, fait un repas chaud et réconforte ses coéquipiers que le mauvais temps a éprouvés. Au matin, la tempête souffle toujours mais notre ami sait où il se trouve et commence à tracer dans la neige profonde. C'est alors qu'une avalanche de moyenne importance, vraisemblablement déclenchée par des skieurs gagnant le refuge, le submerge et le recouvre complètement. Seul son sac émerge de la coulée. Un de ses compagnons est pris jusqu'aux genoux, l'autre est indemne mais fortement choqué. Il faut un grand moment pour dégager celui qui est à moitié enseveli. Celui qui est choqué n'a qu'une idée en tête, fuir cet enfer, descendre à la vallée chercher des secours. Ils essayent de tirer sur le sac dont une des bretelles casse. Complètement en état de choc, ils ne réalisent pas que leur compagnon est à quelques 20 ou 30 centimètres sous la neige et qu'en moins de dix minutes, ils peuvent le dégager. Ils ne pensent pas non plus à demander du secours aux voix qu'ils entendent dans la brume. Ils n'ont qu'une idée fIxe : fuir au plus vite, déclencher les secours. La panique du plus jeune se communique au rescapé qui se persuade que le salut est dans la vallée. Comment réaliser dans l'état mental où ils se trouvent qu'il leur faut, même dans de très bonnes conditions, plusieurs heures avant que les sauveteurs soient sur place ? Comment réaliser que la descente condamne presque certainement le disparu ?

Environ cinq heures après l'accident, épuisés ils arrivent au poste de secours. Mais leurs souvenirs du lieu de l'accident sont flous, et le Secours en Montagne est mobilisé de toutes parts car de nombreuses personnes sont en diffIculté dans le massif. Une tentative est faite pour rallier l'avalanche en engin à chenilles, mais les rescapés ne peuvent reconnaître les lieux. Pendant ce temps, l'enseveli qui n'a pas perdu ses esprits, réussit à creuser une cheminée dans la neige qui lui pennet de mieux respirer. Cet ami, compagnon d'expéditions lointaines, a dû rester confiant de longues heures et attendre avec espoir les secours. Comment pourrait-on le laisser là, à quelques centaines de mètres d'un refuge qu'il connaît particulièrement bien, sur une montagne qu'il fréquente depuis l'enfance ? Il sait qu'il est sous 20 cm de neige, mais à plat ventre écartelé par ses skis et bâtons, il ne peut rien faire. Il sait que l'air libre est au bout du tunnel qu'il a patiemment creusé avec ses mains nues. C'est confiant qu'il doit s'abandonner à la fatigue et au sommeil. Mais la tempête dure plusieurs jours et lorsque l'hélicoptère arrive, sa vie s'est éteinte depuis quelques heures.