Les principes de base d'un sauvetage

 

Évaluer l'ampleur de l'accident

Déterminer la stratégie à adopter

Pour en savoir plus

 

Le grand principe fondamental qui va guider la conduite des rescapés est :

Le temps joue inêxorablement contre les victimes

Partant de là, les sauveteurs feront tout pour sortir au plus vite la victime de sa prison de neige. Mais tout de suite se poseront trois questions aux rescapés :

  • est-il besoin de faire appel aux secours organisés ?
  • en ce cas, est-on capable à la fois de donner l'alerte ET de démarrer le sauvetage ?
  • dans la négative. que choisir ?

La solution sera apportée dans chaque cas par l'évaluation de la gravité de l'accident et des moyens disponibles pour effectuer le sauvetage.

 

Évaluer l'ampleur de l'accident

Le premier moment de stupeur passé. et bien que tous les rescapés soient encore en état de choc. il faut absolument avoir une idée exacte de la situation. Y a-t-il des disparus ? Il faut compter ses troupes (sans s'oublier sous le coup de l'émotion !). Si une ou plusieurs personnes sont enfouies sous la neige, soyez persuadé que l'accident est grave. Rappelez-vous que, statistiquement, seul un disparu sur deux sera retrouvé vivant. Y a-t-il des victimes émergeant de la neige ? Ont-elles la tête à l'air libre ? Les emportés ont-ils sauté une barre de rocher et sont-ils hors de vue ? Tous ces éléments vont vous permettre d'avoir une idée de l'ampleur de la catastrophe. Si l'accident est bénin (pas de disparus, pas de traumatisés, les emportés sont juste choqués et il manque du matériel), alors vous êtes en droit de ne pas avertir les secours. Mais si les blessés sont gravement atteints ou à plus forte raison, si il y a un disparu, alors l'accident est grave. Même Si par la suite, tout se termine bien.

Déterminer la stratégie à adopter

Que faire alors ? L'analyse de la situation (ampleur de l'accident, et moyens disponibles) vont vous permettre de décider quelle stratégie adopter. En fonction de la gravité de la situation et du nombre de rescapés, vous allez opter pour l'une des solutions suivantes :

  • opérer le secours immédiat avec les rescapés

La situation n'est pas dramatique, il n'y a pas de complications à attendre de la part des emportés qui ont récupéré rapidement leurs esprits et de surcroît ne sont pas blessés. Il vous reste à les mettre à l'abri, hors de la zone dangereuse, à les réconforter avec une boisson chaude et à récupérer le mat.ériel disparu. En général ce type d'accident se solde par un retour à pied ou sur un ski avec ou sans bâtons pour certains. La récupération du matériel manquant donne lieu à une sortie commémorative qui permet de retrouver les objets disparus qui sont le plus souvent inutilisables.

  • déclencher l'alerte et démarrer les secours

La situation est grave. Il y a un ou plusieurs disparus ou des blessés sérieux. Vous êtes assez nombreux pour que deux d'entre vous partent chercher du secours ou vous pouvez demander les secours par radio. Il est plus prudent d'envoyer deux personnes car un seul individu choqué peut ne plus être capable d'assurer sa propre sécurité. Pendant ce temps, vous démarrez les premières recherches (voir fiche n° 6.3).

  • que faire s'il faut choisir

L'accident est grave, vous n'avez pas de radio et vous êtes le seul rescapé ( ou le seul capable de réagir). Quelle alternative choisir ?
Si le temps nécessaire pour donner l'alerte dépasse une demi-heure, il faut absolument consacrer 20 à 30 minutes à rechercher le ou les disparus (avec ou sans ARVA), plutôt que de les abandonner pour trouver du secours. En effet, leurs chances de survie sont très fortes au début alors que, une demi-heure ou une heure plus tard, lorsque les secours vont arriver, elles auront chuté fortement. En cherchant sans relâche pendant une demi-heure, vous avez des chances importantes de retrouver les disparus vivants et de les dégager. Rappelez-vous que plus de la moitié des ensevelis le sont sous moins d'un mètre de neige et que leurs chances de survie passent de 80% à 40% la première heure.

 

Equipée d'ARVA, une victime aura en gros deux fois plus de chances d'être retrouvée en vie que non équipée.

NE JAMAIS SOUS-ESTIMER LA GRAVITÉ
DE LA SITUATION
SI UNE PERSONNE EST DISPARUE SOUS LA NEIGE,
ALERTEZ LES SECOURS
MIEUX VAUT UNE ALERTE INUTILE MAIS JUSTIFIÉE
QU'UNE DEMANDE DE SECOURS TROP TARDIVE
NE PAS SAPER LE MORAL DES DISPARUS
PAR DES REMARQUES ALARMISTES OU PESSIMISTES


 

Pour en savoir plus

On consultera avec profit les articles écrits par Walter Good, grand spécialiste de la question travaillant à l'Institut Suisse de la Neige et des Avalanches du Weissfluhejoch, articles publiés dans la Revue de l'ANENA n°7 de avril 1974 et dans les annales du colloque de Solda de avril 1975.

 

Savoir donner l'alerte

 

BIEN LOCALISER LE LIEU DE L'ACCIDENT

BIEN ÉVALUER LA DEMANDE DE SECOURS

 

Combien d'équipes de sauveteurs ont perdu un temps précieux à essayer de retrouver le lieu de l'accident ! Combien de secours ont été inadaptés faute d'indications précises concernant la demande médicale !

On peut dire qu'une bonne alerte comporte deux séries d'éléments : ceux relatifs à la localisation du sinistre et ceux relatifs à l'aide médicale nécessitée par l'état des victimes.

 

BIEN LOCALISER LE LIEU DE L'ACCIDENT

C'est parfois très simple car il s'agit d'un lieu connu, souvent indiqué sur les cartes et ne prêtant pas à confusion. Par exemple un refuge, un col, un lieu-dit précis. Dans d'autres cas, l'accident a eu lieu dans une zone vaste ou imprécise à moins que ce soit par mauvais temps et il faudra des points de repère plus détaillés pour décrire aux sauveteurs le lieu du secours. Par exemple une zone de crevasses (les Séracs à la Mer de Glace), ou une vallée assez large (le Vallon des Etançons à la Meije). Il faudra donc donner une description quasi-topographique du style : sur la rive gauche du vallon, à l'altitude de 2560 mètres, 50 m. au-dessus d'un énorme bloc qui sert de bivouac en été ....

La zone doit être balisée, surtout si aucun témoin ne reste à attendre les secours. Penser que ceux-ci vont venir en général par hélicoptère et que les objets légers s'envolent avec le souffle des pales (et peuvent passer dans le rotor pouvant provoquer la chute de l'engin). Si on utilise des vêtements, on aura soin de les lester avec de la neige. On prendra garde aussi à laisser un balisage qui ne sera pas recouvert par une éventuelle chute de neige si le temps menace. Dans ce cas, on pourra utiliser un vêtement de couleur tendu verticalement entre deux skis ou bâtons si on en dispose. Ce type de balisage sera aisément repéré par l'hélicoptère qui va remonter depuis la vallée.

BIEN ÉVALUER LA DEMANDE DE SECOURS

Voilà un point qui est capital pour celui qui dirige le secours dans la vallée. Y a-t-il une seule ou plusieurs victimes ? Y a-t-il des disparus sous la neige ou bien tout le monde a été retrouvé ?  Les disparus sont-ils équipés d'ARVA ? Quel type d'assistance médicale doit-on fournir ? Quels sont les besoins des victimes ?
En l'absence de toutes ces informations. les sauveteurs sont dans l'obligation de prévoir le pire. Et cela coûte beaucoup de bonne volonté, d'énergie et en fm de compte d'argent. Parfois même, les sauveteurs sont obligés d'opérer des choix délicats du style : une équipe cynophile ou un médecin ? Tout ceci montre qu'il est très important de bien évaluer la demande de secours afin qu'elle soit plus adaptée au besoin et finalement la plus efficace.

Voici quelques éléments qu'il faudra donner avec l'alerte. Nombre de personnes concernées par l'accident, nombre de disparus nécessitant une recherche (chien, sondes), nombre de personnes déjà retirées de l'avalanche et état dans lequel elles se trouvent, état du ou des blessés les plus graves (traumatismes, hypothermie. asphyxie, état de mort apparente ... ). Sachez de toute façon qu'en France tout au moins, les secours viendront avec un matelas «Coquille» et une médicalisation complète permettant de traiter n'importe quelle pathologie liée à un accident de montagne. Chez nous, presque tous les secours sont effectués par voie aérienne et souvent une équipe médicale intervient dès la première rotation.
Enfin, sachez que les secours feront le plus vite possible, mais l'hélicoptère doit prendre à son bord les secouristes (qui ne sont pas forcément à la D. Z. ou Dropping Zone), charger bien souvent l'équipe chien-maître chien et prendre à l'hôpital le toubib avec son matériel médical.

 

DÉCRIRE LE LIEU DE L'ACCIDENT

  • nom du lieu (point le plus proche nommé sur la carte)
  • altitude précise
  • points caractéristiques (arbre, rocher, fond du ravin ... )
  • repères par rapport au lieu connu le plus proche (refuge ... )
  • balisage laissé en place (coéquipier, anorak, ski, sac ... )

 

ÉVALUER LA DEMANDE DE SECOURS

  • nombre de personnes ensevelies à rechercher
  • nombre de personnes blessées, non ensevelies ou déjà dégagées
  • état des blessés les plus atteints :
    • inconscient, état de mort apparente ...
    • détresse respiratoire
    • détresse circulatoire
    • lésions profondes (tête. abdomen ... )
    • suspicion d'une fracture de la colonne vertébrale
    • fractures des membres (ouvertes, avec déplacement. .. )
    • autres informations (saignement important .... )

 

Le sauvetage par les camarades

 

Évaluer la gravité de l'accident et choisir la stratégie de sauvetage

Désigner un chef des opérations, un coordonnateur

Organiser la recherche

Dégager les ensevelis

Évaluer l'état des blessés, et procéder aux premiers soins

Préparer l'évacuation des blessés


Selon les cas, celui -ci pourra être poursuivi jusqu'à l'arrivée des secours organisés qui prendront le relais, ou devra être interrompu. pour aller donner l'alerte (voir la fiche n° 6.1 principes de base d'un sauvetage).

Avant toute chose. il faudra lutter contre le sentiment de panique qui inexorablement aura tendance à neutraliser vos facultés de jugement.

Voici quel est le déroulement logique et même chronologique des opérations.

 

Évaluer la gravité de l'accident et choisir la stratégie de sauvetage

Quelques secondes après l'avalanche, on doit savoir faire le point. Ou l'accident apparaît bénin, ou il est grave (saut de barres, avalanche énorme, des disparus). La stratégie mise en oeuvre pour le secours va dépendre de cette première et rapide évaluation.

Désigner un chef des opérations, un coordonnateur

Il faut que quelqu'un prenne la situation en main. C'est le rôle du plus expérimenté ou de celui qui paniquera le moins. En effet, un père ou un époux peut, dans une telle situation, ne plus être en possession de ses moyens normaux. Dans le cas où il n'y a qu'un ou deux rescapés, l'issue peut fort bien dépendre de leurs réactions.

Organiser la recherche

L'organisation de la recherche doit être efficace et démarrer le plus vite possible. Comme déjà dit, il est indispensable qu'une personne joue le rôle du chef des secours afin de coordonner les efforts de chacun. Rappelons que le temps joue fatalement contre les disparus. Il faut savoir en effet, que la probabilité de retrouver un disparu avec 50% de chances pour qu'il soit vivant signifie un dégagement en moins d'une demi-heure. Si on veut que la probabilité monte à 70%, le dégagement doit être effectué en 8 minutes.
Préalablement à la recherche proprement dite, il est indispensable :

  • de baliser le point où la victime a été vue la dernière fois
  • de regarder et d'écouter attentivement
  • de mettre en place un guetteur

Tout de suite après se pose le problème de la méthode de recherche. Plusieurs cas de figure sont à envisager en fonction de l'équipement de la victime et des rescapés :

le disparu est équipé d'un ARVA.
On déterminera, en fonction de la taille de l'avalanche et du nombre de rescapés capables de participer à la recherche, les zones à prospecter par les sauveteurs ainsi que les techniques de balayage. Les méthodes à employer ont été décrites dans la fiche n° 3.2. Rappelons tout d'abord que le premier signal doit être recherché avec un niveau de réception sonore maximum. De plus, il est inutile de chercher en amont du lieu où la victime a été vue, de manière certaine, pour la dernière fois. Bien souvent, on aura intérêt à imaginer le trajet suivi par le disparu et à estimer l'endroit où l'avalanche a déposé la victime. On peut ainsi gagner un temps précieux.

le disparu n'est pas équipé d'un ARVA.
Il faudra opter pour un sondage rapide, à 1 mètre ou 1,5 m., qui sera effectué avec les moyens du bord (ski ou bâton sans rondelle à défaut de bâtons-sonde). Le sondage s'effectuera en priorité dans les zones jugées préférentielles (replats, amont d'obstacles, bords de l'avalanche). La probabilité de retrouver ainsi la victime rapidement et vivante est alors bien plus faible que dans le cas où la victime est équipée d'un ARVA en marche. Si vous n'êtes que deux ou seul, comme cela a été dit précédemment, il vaut mieux consacrer 20 minutes à une demi-heure pour essayer de sauver le ou les disparus puis partir chercher les secours (voir la fiche n° 6.1 et la fiche 7.1).

Dégager les ensevelis

Grâce aux ARVA ou par sondage improvisé, le disparu a été localisé. Il n'est pas encore sauvé, car le dégagement peut demander beaucoup de temps selon votre équipement (pelle) et en fonction de la profondeur. Par sondage vous avez une idée de la quantité de neige à remuer. Si la victime est sous une faible épaisseur de neige, on fera tout pour la dégager au plus vite. Si elle se trouve sous plus d'un mètre, il faudra d'abord réfléchir à la technique la plus efficace (compromis rapidité/fatigue en fonction du nombre de pelleteurs). Creuser un trou pour extraire une personne ensevelie sous un mètre de neige peut demander 15 à 20 minutes avec une pelle, et une heure ou plus sans pelle. Ces chiffres se passent de commentaires.
Lorsque cela est utile (tempête, pas d'évacuation immédiate envisageable), on s'efforcera d'aménager le bord aval du trou en une plate-forme qui sera à l'abri des intempéries. Réanimation et soins pourront se faire sans aggraver l'état de la victime. Il faudra toujours être vigilant à déplacer avec précautions les blessés car ils peuvent présenter des fractures multiples bien souvent non détectables. Entre autres, il ne faudra pas sortir les ensevelis en les tirant plus ou moins violemment par les membres. En cas de suspicion de grosses fractures (colonne, crâne, fémur) l'évacuation par hélicoptère s'impose, si les conditions le permettent. Il sera alors préférable de laisser la victime à l'abri dans son trou qui sera aménagé en conséquence.

Évaluer l'état des blessés, et procéder aux premiers soins

La ou les victimes ont été sorties avec précautions de leur prison de neige. Il faut tout de suite avoir une idée des soins immédiats à prodiguer : assistance respiratoire (désobstruction des voies respiratoires encombrées par la neige, bouche-à-bouche, massage cardiaque), polytraumatismes à soigner, hypothermie à combattre. Nous verrons dans la fiche n° 6.4 les premiers soins à donner à une victime. En l'absence de spécialiste (secouriste opérationnel, infirmier, médecin) les sauveteurs improvisés s'efforceront de réagir «au mieux» en isolant (emballage) et évitant une déperdition thermique supplémentaire (couverture de survie) les victimes d'hypothermie, en pratiquant bouche-à-bouche et massage cardiaque jusqu'à ce qu'un médecin examine la victime. Rappelez-vous que seul un médecin peut déclarer qu'une personne est décédée ; des victimes considérées comme perdues mais toujours sous respiration artificielle et massage cardiaque ont été sauvées à l'hôpital. Il est certain qu'un arrêt de la ranimation aurait été fatal.

Préparer l'évacuation des blessés

Actuellement, en France, 98 % des évacuations ont lieu par hélicoptère. C'est la solution la plus rapide et médicalement la plus sûre. Si les conditions ne permettent pas à l'hélicoptère de venir,l'évacuation sera effectuée par une caravane de sauveteurs (transport du blessé avec une perche Barnaud ou un brancard Peguillem).L'évacuation par les camarades ne devra être envisagée que dans l'hypothèse où la victime est très légèrement blessée et où le vol de l'hélicoptère est impossible. Parfois l'attente dans un lieu sûr (refuge ... ) constitue une bonne solution intermédiaire pour les cas bénins.

  • évacuation par hélicoptère

Le premier point à voir est la détermination d'une D.Z. (Dropping Zone ou zone d'atterrissage pour l'hélico). Elle doit être suffisamment plane (pour que les pales du rotor ne touchent pas la pente) et dégagée (arbres, câbles à proximité). Si l'hélicoptère ne peut pas se poser, le blessé sera soit treuillé, soit transporté avec précautions par l'équipe de secours (en «matelas coquille Il bien souvent) jusqu'à l'aire d'atterrissage. L'hélicoptère doit toujours être approché par l'avant avec circonspection, en se rappelant que le pilote doit toujours vous voir afin de décoller  immédiatement si besoin est. Ainsi, on n'approchera jamais un hélicoptère par l'arrière, le rotor de queue balayant une zone mortelle totalement invisible à l'oeil nu. De même, l'approche avec des skis se fera toujours par devant en portant ceux-ci horizontalement. (voir plaquette Roca)

  • évacuation avec les moyens de fortune

C'est donc principalement lorsqu'il fait mauvais temps et que l'accident est bénin que l'évacuation est réalisée par les camarades. Le moyen le plus utilisé est le traîneau démontable dont une grande variété de modèles existe sur le marché. Ce moyen met la victime à mal car le confort est plus que médiocre. En l'absence de ce matériel, on pourra tenter de fabriquer un traîneau de fortune avec le matériel disponible sous la main (bâtons, pelle, ski).

 

NE JAMAIS CÉDER AU DÉCOURAGEMENT
GARDER ESPOIR TANT QUE TOUT N'A
PAS ÉTÉ TENTÉ

POUR LES BLESSÉS GRAVES
NE JAMAIS PROCÉDER SOI-MÊME A L'ÉVACUATION
(sauf si il y a un risque de sur-accident)

 

Les premiers soins dans un secours par les camarades

 

La victime est-elle asphyxiée ?

La victime est-eUe polytraumatisée ?

La victime est-eUe en état d'hypothermie ?

 

La victime de l'avalanche est en train d'être dégagée de la neige, mais elle n'est pas pour autant tirée d'affaire. Elle peut être inconsciente et blessée. Elle peut avoir les voies respiratoires obstruées par de la neige et être en état d'hypothermie. Il faut très rapidement lui donner les premiers  soins.

La victime est-elle asphyxiée ?

Dès que la tête de la victime est dégagée, la préoccupation première est de s'assurer qu'elle respire bien encore. On s'assurera que les voies respiratoires sont libres. On retirera avec les doigts la neige qui peut former bouchon, et si la victime semble ne pas respirer, on commencera le bouche-à- bouche. Parfois, tant que la cage thoracique n'est pas dégagée de la neige qui l'écrase, la respiration de la victime est entravée. En l'absence de pouls, d'expiration d'air (buée sur un miroir placé devant la bouche, par exemple) et de battement du coeur, sur une victime inconsciente on pratiquera un massage cardiaque et la ventilation artificielle au bouche-à-bouche. Tout montagnard devrait, à l'heure actuelle, être titulaire du Brevet National de Secourisme (B.N.S). Afin de ne pas aggraver l'état de la victime, on la gardera autant que faire se peut. à l'abri du vent, des intempéries et du froid (plateforme à l'aval du trou).

Rappelez-vous bien que le bouche-à-bouche associé au massage cardiaque peuvent durer des heures et qu'ils ne peuvent être arrêtés que sur ordre médical. On cite le cas de personnes revenues à la vie après plusieurs heures de ranimation par les rescapés qui se relayaient. On se souviendra  que l'hypothermie a comme effet positif de protéger le cerveau contre le manque d'oxygène.

La victime est-eUe polytraumatisée ?

Si l'avalanche s'est produite sur un terrain escarpé, il est rare que la victime s'en tire sans une égratignure. Il peut y avoir des lésions par choc direct (saut de barres, choc contre des obstacles) ou par la pression excessive de la neige (étirements, tassements, membres fracturés, colonne vertébrale distendue). Ces traumatismes sont parfois évidents, une jambe étant pliée à l'équerre. Mais, d'autres fois, rien ne se remarque, et la victime devrait être bougée avec de grandes précautions pour ne pas aggraver son état. Tant que la victime n'est pas complètement dégagée, il y a toujours doute. On évitera bien évidemment de tirer sur les membres pour sortir plus vite le blessé de la neige, car s'il a fait une grosse chute, le blessé est suspect de fracture de la colonne ou du bassin. On veillera au cours du dégagement, à conserver la rectitude de l'axe «tête-cou-tronc».
Après avoir dégagé la victime avec précautions et s'être assuré qu'elle respire correctement, on pourra procéder à l'immobilisation des membres fracturés. Les Secours organisés ont tout ce qu'il faut pour appareiller correctement n'importe quelle fracture. En leur absence, on fera des attelles de fortune avec bâtons de ski, piolet ou autre matériel disponible.

La victime est-eUe en état d'hypothermie ?

Sous la neige, le corps doit lutter contre le froid. La température est négative, aux alentours de zéro degré, mais l'humidité ambiante aggrave les déperditions de chaleur. De même, le contact direct avec la neige accélère les échanges thermiques et une victime peu couverte, donc peu isolée, se refroidira très vite.

Le dégagement de la victime doit être précautionneux, sans mobilisation intempestive, en essayant de conserver sa position pour éviter un arrêt cardiaque. Lorsqu'on libère la victime, il faut avant tout éviter que sa température continue à s'abaisser, ce qui signifie éventuellement ôter les vêtements gelés ou trempés, et l'envelopper avec des vêtements secs (lainages, duvet et couverture de survie). Il faut aussi l'isoler de la neige par des vêtements, sacs à dos, couverture de survie, et la protéger des agressions météorologiques. Si la victime frissonne et claque des dents, c'est bon signe: elle n'est victime que d'un début d'hypothennie (sI elle est consciente et ne présente aucune lésion, on peut alors lui faire boire une boisson chaude).

L'hypothermie vraie se caractérise par un ralentissement du métabolisme de base ; les fonctions vitales telles que la respiration, le rythme cardiaque et l'irrigation sanguine des extrémités (qui contrairement aux gelures ne sont pas court-circuitées) sont diminuées.
On voit ainsi que l'hypothermie va préserver le noyau central et vital (tête + thorax) en lui assurant une circulation sanguine minimale. La baisse de la consommation en oxygène du cerveau le protège. A long terme, c'est une chR-nce pour les victimes de la neige qui ne sont pas asphyxiées car elles pourront tenir en vie plus longtemps. On comprend ainsi que des victimes en état d'hypothermie aient été retrouvées en vie plusieurs jours après leur ensevelissement (voir la fiche n° 8.1).

Les victimes en état d'hypothermie vraie doivent être traitées en milieu hospitalier. De toute façon, il est très dangereux de les réchauffer trop brutalement. On connaît plusieurs cas de décès subit d'alpinistes réfrigérés qui se sont brusquement retrouvés dans l'atmosphère surchauffée d'un refuge. On raconte aussi que les «grognards» de Napoléon, pendant la retraite de Russie, tombaient comme des mouches en se réchauffant devant les feux du bivouac. En effet, lors du réchauffement, le sang froid des extrémités se trouve remobilisé et vient brutalement refroidir le coeur qui ne supporte pas l'excès d'effort que lui demande le brassage d'un sang visqueux épaissi par le froid. En face de tels blessés et en l'absence de médecin, on protégera par de chauds vêtements la victime et on l'empêchera de se refroidir davantage mais on ne l'exposera surtout pas à une source de chaleur trop forte (refuge chauffé). Il faut la remettre au plus vite entre les mains de spécialistes qui moduleront le réchauffement en fonction de la température centrale (l'intérieur du corps) et jugeront du mode de réchauffement le plus approprié.

 

DÈS QUE IA VICTIME EST ACCESSIBLE:
- DÉGAGER IA TÊTE ET LE THORAX
- LIBÉRER LES VOIES RESPIRATOIRES

 

VICTIME D'AVALANCHE =
POLYRRAUMATISÉ + ASPHYXIÉ + HYPOTHERMIQUE

 

LES GESTES A NE PAS FAIRE :
- NE PAS AGGRAVER L'ÉTAT DES VICTIMES
PAR TROP DE PRÉCIPITATION
- NE PAS DÉPIACER INUTILEMENT UN BLESSÉ
- NE PAS RÉCHAUFFER BRUTALEMENT
UNE VICTIME D'HYPOTHERMIE

 

Collaborer avec les secours organisés

 

Se mettre • la disposition des Secouristes
Apporter son témoignage pour orienter les recherches
Faciliter la tâche de l'équipe cynophile
Préparer la tâche de l'hélicoptère
Participer au sondage
Laisser l'équipe médicale travailler
Quelques chiffres concernant les équipes de secours

 

Les secours professionnels ont été prévenus et sont en train de rejoindre le lieu de l'accident. En général, de gros moyens sont mis en oeuvre quand il y a un accident d'avalanche : hélicoptère(s), équipe(s) cynophile(s), vagues de sondeurs, médecin(s) .... L'ordre d'arrivée de ces moyens techniques peut dépendre de la demande fonnulée et des renseignements fournis par celui qui a donné l'alerte. D'où l'importance que celle-ci soit effectuée correctement (voir fiche n° 6.2).

Se mettre • la disposition des Secouristes

Dès l'arrivée des Secours, celui qui a coordonné la recherche fait le bilan des opérations avec le Chef de Secours. C'est un grand réconfort de se sentir épaulé et relayé dans une telle situation. En règle générale, l'équipe de sauvetage ne souhaite pas la collaboration des rescapés qui sont choqués, trop concernés et peu efficaces. Si le nombre de secouristes est insuffisant, il vous sera alors demandé de collaborer au secours (sondage) et vous vous mettrez à disposition.

Apporter son témoignage pour orienter les recherches

Voilà un point capital qui peut faire gagner du temps. Inutile de faire des recherches sur toute l'avalanche si vous êtes certain d'avoir vu la victime pour la dernière fois à un niveau précis. N'attendez pas que votre témoignage soit sollicité, donnez-le au responsable avec force et vigueur. Si vous avez déjà démarré la recherche, faites le point sur les zones qui viennent d'être prospectées.

Faciliter la tâche de l'équipe cynophile

Dès qu'il y a une alerte relative à un accident d'avalanche, une équipe cynophile (chien + maître-chien) est embarquée à bord de l'hélicoptère. Sachez que pour travailler efficacement, cette équipe a besoin d'avoir le champ libre. Ne faites aucun dépôt de quoi que ce soit sur l'avalanche elle-même (matériel, personnes fatiguées, petits besoins ... ). Gardez présent à l'esprit que toute odeur parasite va perturber le travail du chien.

Préparer la tâche de l'hélicoptère

Lorsque l'hélicoptère veut se poser, il est fondamental que le champ soit libre et qu'aucun objet ou vêtement ne puisse s'envoler avec le souffle du rotor. Même un sac à dos peu rempli est déplacé par le vent des pales. Pour faciliter la tâche du pilote, repérez une zone d'atterrissage (DZ) convenable et, le vent dans le dos si vent il y a, placez-vous les bras en V face à la DZ. Surtout ne bougez pas lorsque la machine s'approche de vous : restez sur place sans reculer et accroupissez vous lorsque l'hélicoptère se pose, car, avec la neige soulevée par le souffle, vous êtes le seul repère visuel fixe du pilote.

Participer au sondage

Il arrive que le chien soit inefficace. soit parce que l'odeur n'est pas encore remontée à la surface (vitesse moyenne de 1 mètre par 1/4 h.), soit parce que le chien n'est pas opérationnel, soit pour toute autre raison. Le taux de réussite des chiens est de 80 %. En cas d'insuccès ou en l'absence de chien, un sondage peut être pratiqué et si le nombre de secouristes est insuffisant, vous serez sans doute sollicité.

Il existe deux sortes de sondage: le «sondage rapide» avec environ deux coups de sonde au mètre carré à une profondeur moyenne de deux mètres, et le «sondage minutieux» avec 13 coups au mètre carré à une profondeur de 3 mètres et plus. Dans le premier cas, la probabilité de retrouver la victime est de 80 %, dans le second de 95 %, en balayant toute la zone.

Laisser l'équipe médicale travailler

Lorsque l'accident est grave, l'hélicoptère va faire des navettes et après avoir transporté en priorité l'équipe cynophile, il amènera l'équipe médicale souvent constituée d'un médecin-réanimateur et d'un aide spécialisé (on essaye le plus souvent d'envoyer le médecin avec l'équipe cynophile). Si les sauveteurs ont besoin d'aide. par exemple pour manipuler l'insufflateur manuel branché à l'oxygène, ils vous le demanderont. Donnez au médecin toutes les informations qui vous paraissent utiles concernant les victimes (durée d'ensevelissement, chocs. perte de connaissance .... ).

Quelques chiffres concernant les équipes de secours

Les équipes de secours sont trop souvent prévenues bien longtemps après l'accident et mettent du temps pour rallier le site. Il s'écoule souvent entre une heure et deux heures avant que les secours soient au travail. Ce délai explique que peu d'accidentés soient retirés vivants par les équipes de secours (nettement moins de 1 sur 2).

Pour fIxer les idées, voici quelques données concernant la vitesse de recherche en fonction de la technique utilisée :

  • recherche rapide avec chien : 5 à 6 m2 par seconde pour une profondeur de 2 mètres, soit 2 hectares à l'heure
  • recherche minutieuse avec chien : environ 2 m2 par seconde pour une profondeur de 3 mètres, soit 0.5 hectare à l'heure
  • sondage rapide par une équipe de 20 secouristes : un hectare en 4 heures, avec 2 coups de sonde au m2 à 2 m. de profondeur, soit moins de 1 m2 à la seconde
  • sondage minutieux : un hectare en 20 heures, avec 13 coups de sonde au m2 à 3, de profondeur, soit un mètre carré sondé en 7 secondes

 

Pour en savoir plus :

Symposium de Solda - Walter Good,