Les signes annonciateurs d'une avalanche

 

Cas de la neige fraîche

Cas de la plaque à vent

Cas de la neige lourde

 

Nous avons vu dans les fiches n° 4.1 à 4.5 les indices qui montrent que les conditions sont propices au déclenchement des avalanches. On se rappellera le rôle important du vent, l'effet du relief, la «vie» de la neige qui peut augmenter la fragilité du manteau neigeux. Tous ces éléments indiquent une instabilité latente de la neige. L'avalanche est prête à partir, soit toute seule, soit par surcharge accidentelle (passage d'un skieur ou d'un animal mais aussi rupture d'une corniche ou décharge d'un sapin).

Que se passe-t-il au moment même où l'avalanche se produit ? Nous allons l'examiner en fonction des types de neige : neige fraîche, plaque et neige humide.

Cas de la neige fraîche

Dans ce cas, c'est le poids de la neige ( hauteur de neige récente soumise à la composante de la pesanteur dans l'axe de la pente) qui détermine le départ de l'avalanche. Quels signes avant-coureurs peuvent mettre en garde le skieur? Sur des pentes plus raides, on observe des déclenchements spontanés de petites coulées (en effet, le point de rupture d'équilibre est atteint pour une hauteur de neige plus faible). On note aussi des tassements de la neige lorsque l'on fait la trace dans la pente, trace qui se révèle profonde. Ces petits effondrements peuvent se propager et entraîner la rupture de toute la couche. Le bruit feutré que l'on perçoit alors est simultané avec le départ de l'avalanche, et il est trop tard pour réagir.
Le comportement le plus sage que l'on puisse préconiser est le demi-tour, et la descente si la quantité de neige fraîche le permet. En effet, ce type de situation se produit généralement pendant de fortes chutes de neige, qui voient s'accumuler en quelques heures des dizaines de centimètres de neige légère.

Cas de la plaque à vent

Le skieur averti aura certainement détecté le piège avant même de s'y engager. Le relief, la neige modelée par le vent, les sur-épaisseurs de neige, une corniche ou d'éventuelles congères l'auront mis en alerte. Comme signes avant-coureurs on peut noter l'effondrement en zone horizontale ou peu pentue de plaques qui libèrent l'air emprisonné en émettant un sifflement caractéristique. Si on a un doute quelconque, il peut être prudent de tester une pente plus faible que celle où l'on doit s'engager. On va ainsi provoquer le tassement du manteau neigeux qui ne va pas se résoudre en avalanche, vu la pente modérée. Lorsqu'une plaque casse sous vos skis, il est déjà trop tard. La propagation de la contrainte dans le matériau solide qu'est une plaque à vent s'effectue à très grande vitesse (on parle de plusieurs kilomètres à la seconde !), et pour le spectateur, tout se passe comme si l'ensemble de la pente se brisait simultanément. Sur des documents filmés, on peut voir la propagation de la cassure depuis le point de déclenchementjusqu'au bas de la pente: en moins d'une seconde, l'ensemble du versant est déstabilisé. Le skieur n'a donc pas le temps de s'échapper. Bien souvent, il peut quand même skier sur une partie de la plaque qui est en mouvement. Et comme c'est lui qui est à l'origine du déclenchement, il se trouve dans la partie haute de l'avalanche, sur des morceaux qui descendent relativement doucement et qui ne sont pas trop chahutés et percutés comme c'est le cas plus bas. C'est sa chance car ainsi, il peut sortir latéralement de l'avalanche et s'en tirer à bon compte.

Cas de la neige lourde

C'est bien souvent la situation de fin de journée au printemps et plus rarement en période de redoux hivernal. La neige a été déstabilisée par la fonte solaire, elle est très humide et a tendance à glisser toute seule le long des pentes fortes bien exposées. Ces petites coulées sans envergure sont des signes précurseurs dont il faudra tenir compte. Les grandes avalanches de printemps se produisent souvent à des dates plus ou moins flxes, que les locaux connaissent bien. Pour les éviter, on ne circulera plus lorsque la neige descend naturellement dans les couloirs. On peut être amené à franchir un couloir, passage naturel d'une telle avalanche. Il faut savoir que le bruit provoqué par sa descente est terrifiant et qu'il vous alertera immédiatement du danger. Il va sans dire que la fuite hors du couloir est la seule forme de salut.

Conduite à tenir quand l'avalanche survient

 

VOUS ETES TÉMOIN D'UN ACCIDENT D'AVALANCHE

VOUS ÊTES EMPORTÉ PAR UNE AVALANCHE

 

Malgré toutes les précautions prises, vous voilà emporté par une avalanche ! Que faire ? Il est délicat de préconiser «un comportement type» car chaque accident est différent, et il faut adapter son comportement aux circonstances. Néanmoins, il est possible de donner quelques conseils simples qui s'appliquent dans tous les cas de figure. Lorsque l'avalanche vous emporte, la succession des événements est très rapide: il faut penser et agir vite, et surtout garder la tête froide. On s'aperçoit que, bien souvent, l'inconscient prend le pas sur le conscient et que les réflexes remplacent avantageusement les acte réfléchis (d'où l'intérêt d'avoir déjà songé à que faire si on est pris dans une avalanche).

GARDER SON SANG FROID
AGIR VITE


Nous distinguerons la conduite à tenir lorsque l'on est témoin d'un accident et lorsque l'on est victime.

VOUS ÊTES TÉMOIN D'UN ACCIDENT D'AVALANCHE

L'accident se passe sous vos yeux, mais ne vous emporte pas et vous pouvez bien voir le déroulement des opérations.

Suivez attentivement des yeux le ou les skieurs emportés. Prenez des points de repère visuels pour être bien certain de marquer de façon exacte l'endroit où la victime a été vue pour la dernière fois. C'est de ce point que les recherches seront faites, à l'aval. Ces points de repère peuvent faire gagner un temps précieux pour le secours. On devrait toujours avoir en mémoire la courbe de survie de la victime en fonction du temps ...

Dès que l'avalanche s'arrête, assurez-vous que la victime n'est pas visible ou ne peut être entendue. Avant de vous précipiter à son secours, vérifiez que vous pouvez le faire en toute sécurité.
Si vous êtes le plus expérimenté, c'est vous qui organiserez les premiers secours. De toute façon, il faut un «chef» qui coordonne les opérations. Si la zone est raide et craint encore une avalanche, placez un guetteur équipé d'un sifflet. Les rescapés qui vont faire la recherche avec leur ARVA ne sont plus protégés par leur appareil, et il faut pouvoir leur faire évacuer le lieu rapidement et sans équivoque.

Dans le cas où vous êtes assez nombreux, envoyez une équipe de deux (si la descente est longue ou délicate) pour déclencher l'alerte et prévenir les secours. Si la victime a disparu, l'accident est toujours grave. Sachez qu'en moyenne, une personne (disparue sous la neige) sur deux est retrouvée morte. N'hésitez jamais à demander l'aide des professionnels du secours, les déplacer pour rien n'est jamais dramatique, alors que les prévenir trop tard peut l'être.

Organisez la recherche avec les ARVA (voir la fiche n° 3.2). Si par malheur la victime n'en est pas équipée, faites alors un sondage de fortune (voir la fiche n°6.2).

VOUS ÊTES EMPORTÉ PAR UNE AVALANCHE

Lorsque l'accident survient, il est déjà trop tard pour appliquer les conseils de la fiche n° 4.5 «les précautions à prendre en cours de déplacement»; Si vous avez jugé la situation critique, alors vous n'êtes pas pris au dépourvu et vous avez pris quelques dispositions (dragonnes, lanières de sécurité, distance, foulard ... ).

Néanmoins, lorsque l'avalanche se déclenche sous vos pieds, même si vous vous y attendez un peu, vous êtes surpris. Essayez toujours de fuir latéralement, sans vouloir gagner de vitesse l'avalanche. La fuite dans l'axe n'est jamais la meilleure solution. On a plusieurs documents filmés montrant que les skieurs qui optent pour cette solution sont irrémédiablement rattrapés par le flot de neige et recouverts. Les seuls cas positifs sont lorsque l'avalanche est minuscule.

Essayez de vous débarrasser des objets qui vont vous entraîner au fond de la neige tels que les bâtons, les skis et le sac. En effet, ces objets vont jouer le rôle d'«ancres flottantes», vous freinant par rapport à la masse de neige en mouvement qui peu à peu va vous recouvrir.

Essayez de ne pas inhaler de la neige, surtout si celle-ci est très pulvérulente. Protégez-vous les voIes respiratoires en essayant de ne pas respirer (fermez la bouche, évitez de crier) ou en plaçant le creux du bras ou la main sur le visage. Vous n'avalerez pas ainsi de la neige qui viendra immédiatement fondre dans les alvéoles des poumons provoquant ainsi une «noyade».

Bien que vous soyez le jouet de l'avalanche, battez-vous, essayez de «nager» à la surface de la neige. Ces mouvements de natation auront pour effet de vous maintenir à la surface de l'avalanche : on peut expliquer cette action en disant que, dans le fluide qu'est l'avalanche en mouvement, votre poussée d'Archimède réelle correspond au volume déplacé par vos mouvements de natation. Votre densité apparente est donc plus faible. et vous «flottez» mieux dans et sur la neige.

Dans la mesure du possible, essayez de vous agripper dans les premiers instants à des obstacles, afin de fausser compagnie à l'avalanche. Profitez des arbustes, arbres, rochers qui normalement ne seront pas emportés. L'énergie du désespoir vous permettra parfois de rester accroché dans des positions étonnantes.

Pendant que l'avalanche s'arrête, poussez la neige pour augmenter le volume de votre prison en vous «détendant» (si vous êtes en position recroquevillée, cette opération est plus facile à faire). L'idéal est de pouvoir faire une poche d'air au niveau du visage afin de diminuer le risque d'asphyxie par manque d'air et d'augmenter ainsi vos chances de survie.

Que faire si on est enseveli et toujours conscient

 

Retrouver son calme et ne pas s'épuiser inutilement

Essayer de se dégager si la quantité de neige est faible

Attendre en conservant le moral

TÉMOIGNAGE D'UN AUTO-SAUVETAGE

 

Quand une victime est complètement recouverte par une avalanche, elle est souvent encore consciente. Mais sa situation est bien précaire car elle est le plus souvent réduite à l'impuissance. Elle ne peut qu'attendre d'être dégagée, en priant le ciel pour que les secours la trouvent rapidement. La plupart du temps la gangue de neige dans laquelle se trouve la victime et qui la soutient de toute part l'empêche d'apprécier où se trouve le haut et le bas. En fonction de la profondeur d'enfouissement, la lumière peut être plus ou moins atténuée par la neige. La pire situation est celle où les bâtons et les skis sont encore solidaires des membres (qui sont alors en extension) et empêchent toute possibilité de mouvement. Par contre, le fait d'avoir les mains à hauteur du visage est un facteur favorable.

Retrouver son calme et ne pas s'épuiser inutilement

On ne le dira jamais assez, l'affolement et la panique ne peuvent en aucun cas engendrer des réactions positives. Il est bien évident que celui qui se retrouve sous une avalanche a le coeur qui bat à « 150 à l'heure ». Il sait que sa vie est en danger, et il lui sera dur de recouvrer ses esprits et son calme. Malgré tout, c'est la première chose à faire : retrouver son calme, afin de ne pas être neutralisé par le stress. Il faut savoir que le stress peut tuer. Bombard cite l'exemple d'un employé des chemins de fer britanniques mort de s'être laissé enfermer dans un wagon frigorifique. Il savait qu'en pareille situation la durée de survie n'est que de quelques heures. Seulement, la réfrigération n'était pas branchée...

Rester calme permet d'évaluer la situation et de ne pas perdre inutilement son énergie. Cette énergie est capitale, car sous la neige, sauf hypothennie (voir fiche n°7.1). les besoins énergétiques sont importants pour lutter contre le froid et l'anoxie (raréfaction de l'oxygène). Le contact direct avec la neige, surtout si la victime est peu couverte, est générateur de fortes déperditions de chaleur. Petit à petit, l'organisme s'affaiblit pour lutter contre le froid et conserver ses 37° C. La neige est un assez bon isolant (en fonction de la plus ou moins grande quantité d'air qu'elle contient), et les transferts d'énergie ont lieu beaucoup plus lentement'que dans la glace ou dans l'eau. Souvent, il se forme autour du corps, une mince pellicule de glace qui limite les échanges calorifiques. Néanmoins, si le corps ne fournit pas assez de chaleur, la température descend inexorablement et entraîne l'hypothermie. L'hypothermie peut être considérée comme une minimisation des consommations d'énergie par le corps, les rythmes biologiques (respiration. circulation sanguine, pouls ... ) étant ramenés à des niveaux très faibles. Dans le cas des ensevelis sous la neige, on peut dire que l'hypothennie est une chance qui pennet aux victimes de survivre plus longtemps sous une avalanche.

Essayer de se dégager si la quantité de neige est faible

C'est un cas de figure assez courant et heureusement favorable. La personne enfouie n'est recouverte que par peu de neige, et de plus cette neige n'est pas trop «béton» (neige d'hiver d'une petite avalanche par exemple). Il est possible de bouger et la victime n'est pas prise dans un étau de neige compacte. La première chose à faire sera de dégager un espace devant le visage afin d'avoir plus de liberté pour respirer. Si cela est possible, faire une cheminée avec le poing jusqu'à la surface (plus facile à dire qu'à faire). Le grand alpiniste Lionel Terray. pris dans une avalanche de séracs sur le versant italien du Mont Blanc. avait réussi à sortir des blocs qui l'emprisonnaient à l'aide de son couteau...

Il est certain que si la neige n'est pas très épaisse, vos cris seront entendus par vos coéquipiers. Emettez alors des sons brefs et aigus, ils seront mieux perçus. L'idéal serait un sifflet qui permet de tenir longtemps sans s'épuiser et qui sera entendu de loin (les marins ont bien un sifflet attaché à leur vareuse...).

Attendre en conservant le moral

Si une grande quantité de neige recouvre la victime ou si la neige est très compacte. il n'est pas possible de bouger d'un seul millimètre. Dans certains cas (voir la fiche n° 8.1), des victimes ont réussi à gratter devant leur visage pour mieux respirer. L'expérience montre que si l'enseveli crie, les sauveteurs ont du mal à l'entendre, alors que la victime, bien isolée des bruits extérieurs, entend tout le détail des conversations (parfois pas très réconfortantes ... ). On lit parfois que la victime doit uriner pour savoir où se trouve la surface ! Mais à quoi bon augmenter les déperditions de chaleur entraînées par les vêtements mouillés si le fait de savoir que l'on est la tête en bas n'apporte aucun réconfort, bien au contraire.

La victime n'a d'autre solution que d'attendre que les sauveteurs (ses amis ou une équipe du Secours en Montagne) viennent la tirer de là. Bien que cela soit difficile, il faut s'empêcher de dormir et lutter contre «la mort blanche». Les rescapés parlent d'un sentiment proche du bien-être qui enlève toute envie de lutter. Malgré tout, il semble bien que l'envie de survivre explique les records de plusieurs jours observés dans diverses montagnes. Il faut garder le moral, c'est essentiel, il faut tenir jusqu'à ce que l'on vienne vous dégager. Il est certain que votre disparition a été signalée et que les secours sont en route pour vous sauver. Le moral peut vous sauver.

GARDEZ LE MORAL, LE SECOURS EST EN ROUTE

 

TÉMOIGNAGE D'UN AUTO-SAUVETAGE

Voici le témoignage bien réconfortant du Curé d'Huez en Oisans qui a été pris par une avalanche le 6 février 1944. Il a paru dans la Revue Alpine n° 347 en 1946 et repris par «Neige et Avalanches» en 1975 (n°10).
Ce récit est à la fois très objectif et remarquablement bien écrit ; il correspond à l'accident et aux heures qui suivirent. Souhaitons qu'il motive puissamment toute personne prisonnière d'une avalanche et furieusement désireuse de survivre.