L'évaluation globale du risque d'accident

 

AVANT DE PARTIR

Evaluation des conditions nivo-météorologiques

Evaluation de la course

Evaluation du groupe

SUR LE TERRAIN

Le mauvais temps arrive

La neige est moins stable que prévu

La difficulté de la course a été sous-estimée

L'horaire n'a pas été respecté

Un des participants est très fatigué

 

Les facteurs qui interviennent pour créer le risque d'accident d'avalanche peuvent se regrouper en trois grands domaines : la neige, le terrain et les hommes. Nous allons étudier tour à tour les facteurs nivologiques (fiche n° 4.2), les facteurs de terrain qui accentuentle danger (fiche n° 4.3), et les facteurs humains qui se surajoutent parfois négativement.

Lorsqu'un accident survient, il est rarement dû à une cause unique et simple. Si une avalanche se produit naturellement, il y a accident si et seulement si un skieur est sur sa trajectoire. Les accidents qualifiés d'»imprévisiblesll (quel que soit le secteur dans lequel ils arrivent, aéronautique, marine, industrie ... ) sont provoqués bien souvent par la conjonction de plusieurs facteurs jugés indépendants à très faible probabilité d'occurence. On parle volontiers de fact.eurs impondérables. Et on peut ajouter que plus un domaine est «sûr» (aérospatial ou nucléaire), plus le nombre d'«impondérables» qui entrent enjeu en cas d'accident. est grand.
Pour les accidents de montagne, entre autres les accidents d'avalanche, une analyse saine de la situation (neige, terrain, hommes) permet de cerner les situations à risque et de réduire les probabilités d'accident. C'est souvent l'ignorance qui est à l'origine des drames. Et pourtant l'homme a de plus en plus d'informations à sa disposition pour se faire une idée saine de la situation. Ce qui hier encore apparaissait inexplicable (évolution de la neige par exemple) est aujourd'hui mieux connu et un peu plus maîtrisé. L'analyse des risques et des dangers s'affine lentement et la fourchette d'incertitude (dans laquelle évoluent ces fameux impondérables) devient plus étroite. Et pourtant, on sait que beaucoup d'accidents ont lieu a cause d'une erreur de jugement. En effet, si le savoir se transmet, l'expérience, elle, ne se transmet pas. Et les mêmes erreurs se perpétuent de génération en génération.

Voici quelques éléments objectifs d'analyse qui sont à notre disposition et qui peuvent être passés en revue avant de partir et au cours de la sortie sur le terrain.

AVANT DE PARTIR

On a toujours intérêt à perdre un peu de temps avant de  partir, pour vérifier que l'on a bien pris tout ce qui est nécessaire à la sortie et aussi pour réfléchir aux conditions du moment (météo, neige, risque d'avalanche, matériel, équipe, horaire .... ).

Evaluation des conditions nivo-météorologiques

Cette évaluation se fera à partir de plusieurs sources données météo (sur répondeurs ou publiées), état du manteau neigeux en fonction de l'hiver, des évolutions récentes (chutes de neige,  action du vent, réchauffement ... ) ou des évolutions prévues par le bulletin météo, informations récentes observées par soi-même ou d'autres.

Evaluation de la course

Une étude minutieuse sur carte si on ne connaît pas le terrain ou la mémorisation de la course si on est un familier du lieu permettront de localiser les points les plus critiques au niveau sécurité. On s'attachera à bien repérer les pentes (orientation et altitude) avec en arrière-pensée les possibilités d'accumulation de neige et les plaques à vent qui ont pu être engendrées les jours précédents par le vent. Pour la descente, on tiendra toujours compte de l'heure en prenant une marge par rapport à l'horaire escompté (horaire qui tient compte du nombre et de la qualité des skieurs).

Evaluation du groupe

C'est parfois la tâche la plus difficile. Dans le cadre de l'activité normale d'un garde-moniteur, le problème est résolu d'avance. Mais si celui-ci doit conduire un groupe. il lui faut alors faire  une bonne évaluation du potentiel de ses troupes, potentiel qui peut varier très fortement en fonction des conditions climatiques et de la fatigue non pas générale, mais du plus faible. Avant de partir, c'est bien souvent une évaluation optimiste qui est faite, et qui doit être révisée à la baisse pendant la course.

SUR LE TERRAIN

En course, il faut en permanence confronter les «données de terrain» (conditions rencontrées) avec l'idée préconçue que l'analyse globale des conditions avait fait naître dans votre cerveau de stratège. La manière de guider la course (stratégie établie intuitivement ou bâtie avec science) devra tenir compte de cette confrontation et incorporera tous les nouveaux éléments issus du terrain. Voici les facteurs les plus courants dont il faudra tenir compte.

Le mauvais temps arrive

Si le mauvais temps est général, il aura été annoncé par la prévision météorologique que vous n'aurez pas manqué de consulter (néanmoins il arrive parfois que nos collègues de la météo .... ). Si le mauvais temps est local, il sera tout aussi désagréable même si il est de courte durée. On redoutera avec raison :

  • le brouillard, qui accentuera les problèmes d'orientation et décuplera le danger des barres de rocher soudainement devenues invisibles.
  • le vent, dont l'effet refroidissant sur l'organisme est fonction de sa vitesse et, bien sûr, de l'habillement. Sa violence peut parfois gêner la progression, surtout sur des arêtes ou au débouché d'un col. De plus, il peut générer très rapidement des plaques à vent.
  • les précipitations qui seront la plupart du temps sous forme de neige ce qui a l'avantage de ne pas vous tremper mais l'inconvénient d'effacer les traces qui sont, en l'occurence bien précieuses.

La neige est moins stable que prévu

Votre estimation (ou celle du bulletin) de la stabilité du manteau neigeux était un peu optimiste. Sur place, vous vous rendez compte que le passage est plus exposé que prévu. Selon que vous êtes à la montée ou à la descente, votre tactique sera différente (voir fiche n° 4.4). Dans certain cas ce sera une modification parfois conséquente de l'itinéraire, dans d'autres le  demi-tour.

La difficulté de la course a été sous-estimée

On peut, avec beaucoup de facilité d'ailleurs, se tromper sur la difficulté globale d'une course, ou sur la difficulté d'un passage (même en le connaissant bien). Il suffit que la neige soit collante pour multiplier par deux l'horaire. Tel passage habituellement délicat peut devenir dangereux (pente gelée. rochers émergeant de la neige, coulée d'avalanche sur l'itinéraire ... ) et il faut réagir rapidement. La décision n'appartient qu'à vous. En fonction des éléments qui constituent les données du problème, vous prendrez la décision qui vous semblera la plus judicieuse.

L'horaire n'a pas été respecté

C'est un cas assez courant quand on emmène en course des néophytes. En général, on fait demi-tour avant le sommet et la neige est infecte pour la descente. On se méfiera surtout des coulées de neige humide, des traversées de couloirs dangereux (bien estimer leur ampleur et prendre les précautions qui s'imposent, voir fiche n° 5.2) et on ne fera jamais forcer l'allure à la descente à un skieur fatigué. Il vaut mieux arriver une demi-heure plus tard que d'avoir à redescendre une jambe cassée.

Un des participants est très fatigué

On se trouve à peu près dans le cas de figure précédent. Afin de ne pas exposer inutilement tout le groupe, on aura intérêt à faire deux sous-groupes, un qui redescend normalement, l'autre qui accompagne et soulage la personne fatiguée (trace de descente aménagée, pas de sac à porter).

Les facteurs nivo-météorolgiques influant sur le risque d'avalanche

 

FACTEURS QUI AUGMENTENT LA STABILITÉ DE LA NEIGE

Un faible réchauffement

Une petite pluie

Le gel nocturne

 

FACTEURS QUI FAVORISENT LE DÉCLENCHEMENT DES AVALANCHES

Une chute de neige fraiche

Un important réchauffement

Une forte pluie

Le rayonnement solaire du printemps

Le vent

L'existence d'une couche de gobelets

L'existence d'une couche de sable

 

Nous allons dans cette fiche essayer de passer en revue les principaux facteurs qui influent sur la stabilité de la neige, donc sur le risque d'avalanche.

 

FACTEURS QUI AUGMENTENT LA STABILITÉ DE LA NEIGE

Quels sont les éléments qui vont augmenter la stabilité de la neige ?

Un faible réchauffement

Ce réchauffement va compacter la neige (légère fonte) et accroître sa stabilité. Mais attention, si cette action se prolonge trop longtemps, l'effet sera inverse. L'apparition d'eau liquide entraîne la destruction des forces qui lient les grains de neige entre eux et la neige devient coulante.

Une petite pluie

Une petite pluie va, elle aussi, compacter la neige et lui donner une cohésion souvent supérieure à celle qu'elle avait. Là aussi, passé un certain seuil, l'eau va entraîner une déstabilisation du manteau neigeux.

Le gel nocturne

C'est le facteur le plus net et le plus évident de stabilisation de la neige. L'action du gel n'est efficace qu'en présence d'eau liquide. Cette eau gèle pendant la nuit et tous les grains de neige se trouvent soudés entre eux, donnant naissance à un matériau rigide et compact. Le gel n'affecte généralement qu'une couche de l'ordre de 50 cm.

FACTEURS QUI FAVORISENT LE DÉCLENCHEMENT DES AVALANCHES

Une chute de neige fraiche

Une nouvelle épaisseur de neige fraîche va surcharger le manteau neigeux et diminuer sa stabilité. Cette action sera fonction de la quantité et de la qualité de la neige ainsi que de l'inclinaison de la pente. En règle générale, on peut retenir qu'une chute de 30 cm commence à devenir critique pour des pentes raides et qu'au delà de 80 cm à 1 mètre, le danger devient réel même sur les pentes faibles.

Un important réchauffement

Un apport de calories important va modifier la cohésion de la neige qui, dans un premier temps, va augmenter. Mais l'apparition d'eau liquide va changer la nature des forces qui assurent la liaison entre les grains, et rapidement le manteau deviendra moins stable. On se méfiera donc des redoux hivernaux ou printaniers, générateurs d'avalanches de neige humide pouvant être de grandes dimensions.

Une forte pluie

Comme pour le réchauffement, on assiste dans un premier temps à une consolidation du manteau neigeux (compactage et densification). Mais dans un second temps, la neige est saturée d'eau, et les forces de cohésion diminuent (les liaisons mécaniques sont progressivement remplacées par des liaisons capillaires). De plus. selon la température de la pluie, il y aura un apport de calories pouvant provoquer une fusion. On observe périodiquement de grosses avalanches dont le déclenchement est provoqué par une forte pluie et le redoux qui lui est associé.

Le rayonnement solaire du printemps

A partir de fin mars ou début avril, la chaleur apportée par rayonnement solaire est suffisante pour entraîner la forte fusion de la neige et une déstabilisation du manteau neigeux. L'incidence des rayons solaires est capitale, les pentes chauffées perpendiculairement recevant le plus d'énergie. Celle-ci provoque la déstabilisation de la neige par fusion.

Le vent

On a vu, fiche n° 1.2, l'importance capitale du vent. C'est un sérieux facteur aggravant surtout si son activité a été violente dans les jours précédents. On se rappellera que le vent modifie les dépôts, créant des sur-épaisseurs de neige, des congères, des corniches, des plaques à vent. Une mention spéciale pour le foehn qui, par apport de calories entraînant la fonte de la neige, va produire le même effet qu'un fort réchauffement.

L'existence d'une couche de gobelets

On sait (voir fiche n°1.2) que les gobelets constituent une couche de neige sans aucune cohésion. Ces gobelets peuvent jouer le rôle d'une couche faible (on parle même de «roulement à billes») si la neige qui les sunnonte n'est pas trop épaisse. Si la couche est très épaisse, les gobelets sont généralement neutralisés par les liaisons mécaniques qui rigidifient et solidifient l'ensemble du manteau neigeux. Mais on connaît le cas d'avalanches de plaque de 2 mètres d'épaisseur parties sur une couche de gobelets. On ne saurait donc qu'inciter le skieur à une certaine méfiance lorsqu'une couche de gobelets s'installe en début d'hiver.

L'existence d'une couche de sable

On observe presque chaque hiver des chutes de neige colorée. Il s'agit souvent de sables provenant, par la voie des airs, du Sahara. Quand les dépôts sont faibles, ils n'ont pas grande incidence sur la neige (la glisse n'est pas bonne). Mais si la quantité de sable tombée est importante, elle crée une discontinuité dans le manteau entraînant une mauvaise liaison avec la couche supérieure. Cette anomalie ne disparaîtra qu'avec la fusion et restera dangereuse toute la saison. Des accidents (sur fortes pentes) ont été imputés, sans aucun doute possible, à ces couches de sable.

Les facteurs de terrain aggravant le risque

Anne VALLA

 

Le type de pente

La raideur de la pente

Les ruptures de pente

La nature du terrain nu

Le couvert végétal

L'exposition au soleil

L'exposition au vent

 

Avant de passer en revue les principaux facteurs de terrain qui augmentent le risque avalancheux n'ayons garde d'oublier que selon l'endroit où la victime est prise par une avalanche, les conséquences seront plus ou moins graves. Dans le bas d'un versant, elle pourra être recouverte par de grandes quantités de neige ou basculée dans un ravin. Dans la partie haute, la chute sera plus importante avec parfois des barres de rocher. Ces considérations ont leur valeur principalement sur le terrain.

Les facteurs de terrain défavorables que nous allons passer en revue peuvent intervenir en accentuant :

  • la formation des conditions avalancheuses (effets du relief tels que : combes, cols, exposition au vent, au soleiL .. )
  • le déclenchement de l'avalanche (rupture de pente, corniche ... )
  • la gravité des conséquences de l'avalanche (rochers, barres, ravin, versant concave ... )

Dans certains accidents malheureux, c'est le concours de tous ces facteurs défavorables qui transforme une «coulée anodine» en une avalanche aux conséquences catastrophiques.

Le type de pente

La fonne topographique de la pente sur laquelle on skie est à prendre en compte dans l'évaluation du risque d'avalanche. Ce risque ne sera d'ailleurs pas le même selon l'endroit (en haut, en bas ou au milieu) où vous vous trouvez. Par exemple, une pente convexe sera en général moins dangereuse qu'une pente concave qui concentrera le flot de neige et provoquera de fortes épaisseurs. De même, un immense versant unifonne et lisse sera plus à craindre qu'un flanc de montagne complexe et boisé.

La raideur de la pente

Il existe une gamme de pentes propices au déclenchement des avalanches. En effet, les pentes trop raides (supérieures à 45° pour fixer les idées) se déchargent naturellement rapidement après une chute de neige, et sur les pentes trop faibles l'action de la pesanteur (composante dans l'axe de la pente) est généralement trop faible pour entraîner la rupture du manteau neigeux. On considère volontiers que les pentes inférieures à environ 25° sont rarement dangereuses.
Les Nord-Américains attachent beaucoup d'importance à ce paramètre angle de pente (slope angle), à tel point que tous les randonneurs à ski mesurent les pentes avec un inclinomètre très simple fabriqué à leur intention. Ronald Perla a même montré que les avalanches de plaque étaient principalement déclenchées sur des pentes comprises entre 30° et 45°, avec un maximum pour les pentes 35°-40°.

Les ruptures de pente

Comme nous l'avons vu à propos de la mécanique du déclenchement des avalanches (fiche n°1.3), la composante parallèle à la pente des forces de gravité augmente avec l'angle de la pente. Toute accentuation de la pente se traduit donc par une augmentation de la force qui tire la neige vers le bas (reptation accrue). Cette force est contrecarrée par la cohésion interne et les ancrages du manteau. A la rupture de pente, précisément, la cohésion diminue à cause des contraintes mécaniques engendrées par l'augmentation de la traction. Les ancrages sont donc plus fortement sollicités, entraînant une diminution de la stabilité du manteau neigeux avec comme conséquence une augmentation du risque d'avalanche.
On observe parfois aux changements de pente des fissures dans la neige qui visualisent fort bien les contraintes subies par la neige. Ces fissures peuvent prendre au printemps l'allure de véritables rimayes et ont déjà été à l'origine d'accidents.
On se méfiera des changements de pente, et on gardera en mémoire qu'une pente «qui plonge» signifie une probabilité de risque accrue. Nombreux sont les skieurs qui ont remarqué ce phénomène et qui l'ont intégré dans leur façon d'agir sur le terrain.

La nature du terrain nu

La couche de base du manteau est plus ou moins bien ancrée au sol en fonction de la nature même du terrain. Une pente glissante (schiste ardoisier par exemple), sera un bien meilleur plan de glissement pour la neige qu'un éboulis de taille moyenne (blocs de 10 à 20 cm). Seuls les blocs de très grande dimension seront à même de fixer l'ensemble du manteau neigeux.  Comme bien des avalanches ne balayent pas la. neige jusqu'au sol, il ne faut pas accorder une valeur trop importante à la nature du sol. Néanmoins,pour les premières neiges, on se méfiera à juste titre de ce type de pente lisse.

Le couvert végétal

Le couvert végétal peut avoir un rôle déterminant dans le déclenchement des avalanches. En effet, de longues herbes couchées par la reptation du manteau provoquent une très mauvaise liaison manteau-sol alors que des herbes rases accrocheront mieux la neige. Des buissons, comme les rhododendrons ou les vernes, se font lentement écraser par le poids de la neige au cours de l'hiver. Ils gardent des poches d'air qui diminuent d'autant les ancrages avec le sol. En outre, ces poches favorisent la création de gobelets en début de saison.

Il faut traiter séparément le cas de la forêt. Nous distinguerons les conifères à aiguilles permanentes (épicéas, sapins, pins ... ) des arbres qui perdent leurs feuilles (hêtres, bouleaux, chênes ... ) ou leurs aiguilles (mélèzes). Pour les arbres à feuilles caduques, le rôle de la forêt se réduit à celui d'un réseau de piquets épinglant la neige au sol. Cette action n'est malheureusement pas suffisante pour empêcher les avalanches de se déclencher. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de voir, dans les Alpes du Sud, des avalanches traverser les forêts de mélèzes.
En revanche, la forêt composée d'arbres à feuilles persistantes a un effet très positif au regard des avalanches. Le houppier (branches du haut de l'arbre) intercepte la neige, la conserve quelque temps (elle se transforme sous l'action des agents météorologiques extérieurs) et la restitue au manteau neigeux sous forme de paquets denses qui le poinçonnent. Cette action a  pour résultat de créer un manteau hétérogène qui s'avère beaucoup plus stable que la neige d'origine. Ainsi, on pourra skier en plus grande sécurité, pendant les période critiques, à l'abri d'une telle forêt.

L'exposition au soleil

Les risques d'instabilité sont variables en fonction de l'exposition des pentes. Les pentes exposées au soleil (versants Sud) connaissent une évolution de la neige plus rapide que les versants Nord. Après une chute de neige, l'évolution sera plus rapide et elles se stabiliseront plus vite. Au printemps, ces pentes seront plus exposées aux avalanches de fonte en fin de journée.
Lès pentes Nord, quant à elles. sont plus froides et l'évolution de la neige est retardée. Du coup. le danger subsiste plus longtemps en hiver après une chute de neige.

L'exposition au vent

Nous en avons longuement parlé dans la fiche n° 1.2. Les pentes sous le vent seront. comme nous le savons déjà. plus dangereuses. Mais des indices permettront de déterminer les zones à éviter.

Les facteurs humains augmentant le risque

 

Le nombre

Le manque de temps, le retard, la précipitation

La méconnaissance de ses limites

L'insuffisance de compétences techniques

La méconnaissance des lieux

 

Malgré tout, il faut donner quelques considérations sur ces facteurs qui peuvent intervenir à plusieurs niveaux, à savoir :

  • sur les conditions de déclenchement de l'avalanche (augmentation de la surcharge soit ponctuellement, soit sur une plus grande surface .... )
  • sur l'augmentation du niveau de risque (méconnaissance du risque ou sous-estimation, attente et manque de temps, mauvais choix de traces, fatigue .... )
  • sur l'efficacité des premiers secours (affolement, ignorance, incompétence .... )

Voici quelques remarques sur les facteurs humains ayant une incidence sur la sécurité

Le nombre

La sécurité objective n'est pas la même si vous circulez en montagne en petit groupe ou en grosse collective. Contrairement au sentiment couramment ressenti, le nombre donne, en montagne, une fausse illusion de sécurité. De façon certaine, il entraîne perte de temps et retard dès qu'il y a un passage délicat. Une randonnée s'appelle une «course, justement parce qu'il faut parfois lutter de vitesse contre le temps. C'est principalement le cas lorsque le mauvais temps arrive, ou lorsque la neige se ramollit trop sous l'action du soleil. Le nombre sera alors un handicap.

Mais le cas le plus dramatique provient de l'excessive surcharge qui va s'exercer sur le manteau neigeux si les skieurs restent groupés dans les passages délicats. Nombre d'accidents au bilan catastrophique s'expliquent ainsi. La plaque aurait tenu pour deux ou trois, mais pour cinq ou six elle casse. Parfois même, le premier passe, et l'avalanche se déclenche au passage des deux suivants. On prendra garde, si les conditions sont un tant soit peu critiques, d'avoir présent à l'esprit les quelques recommandations données dans la fiche n° 4.5.

Dans un groupe, l'homogénéité est un facteur de sécurité. Il est touj ours plus agréable et sûr de parcourir la montagne avec des gens de niveau à peu près égal. La montée comme la descente se feront au même rythme, il n'y aura pas de temps morts, tout le monde ira au sommet, et si le mauvais temps arrive, la solution à adopter sera la même pour tous.

Le fait d'être solitaire est à coup sûr, en cas de difficulté un facteur négatif. Vous n'aurez alors personne pour vous prêter main forte ou vous porter secours. Mais il peut arriver que l'on se trouve seul en montagne. On prendra alors quelques précautions raisonnables, comme celle de toujours signaler le lieu de sa sortie et l'heure à laquelle on devrait être rentré (et on prendra bien garde de ne pas changer d'itinéraire en cours de course). On connaît plusieurs cas de skieurs disparus sous une avalanche qui ont été ainsi sauvés, leur entourage ayant réagi avec rapidité. Inversement, les annales signalent plusieurs cas de solitaires retrouvés sans vie après de longues recherches, bien loin de l'itinéraire annoncé.

Le manque de temps, le retard, la précipitation

Les retards proviennent souvent d'une mauvaise évaluation des conditions de la course, d'un horaire calculé trop juste, de la surestimation des capacités techniques des skieurs ou de tout autre facteur imprévu induisant une modification donc un retard. Le mauvais temps est souvent une cause importante de retard.
Le temps dont on dispose pour effectuer une course est un élément de sécurité essentiel. Il peut être nécessaire de franchir tel passage délicat avant qu'il devienne dangereux ou d'être redescendu avant les heures chaudes de la journée pour éviter les avalanches de fonte ou d'avoir regagné le refuge avant l'obscurité. Pressé par le temps, les décisions sont souvent prises hâtivement, sans que le tour du problème ait été fait. En montagne, on dit parfois «qu'il faut se hâter lentement». Ce qui signifie que toute action ou toute décision doit être prise après mûre réflexion. La précipitation ne doit pas être confondue avec la vitesse, car on peut très bien effectuer une course avec maîtrise et rapidité. La précipitation s'accompagne d'une trop grande rapidité de jugement qui conduit à se tromper parfois gravement sur la difficulté ou le danger d'un passage. On se méfiera de l'émulation que peut engendrer la compétition entre deux groupes «qui se tirent la bourre», chacun voulant être le premier à tracer la pente vierge convoitée. On se méfiera aussi des itinéraires «tirés au plus court» pour épargner un participant fatigué : c'est aussi souvent «au plus risqué».
Enfin, quand on préparera sa sortie, on calculera un horaire large pennettant une bonne marge de manoeuvre en cas d'imprévu.

La méconnaissance de ses limites

C'est une qualité majeure que de connaître ses propres limites. de savoir bien jauger ses capacités. On ne saurait être un vrai alpiniste sans cette grande qualité. Si tel n'est pas le cas, tôt ou tard des erreurs de jugement conduiront à des situations dangereuses. En groupe, il faut choisir un leader qui possède cette clairvoyance, afin qu'il ne vous engage pas dans des impasses (en montagne, les conséquences sont rarement anodines).

Dans les milieux naturels difficiles, comme la montagne, la mer, les déserts, l'humilité face à la Nature devrait être une philosophie. Tout nous montre que notre présence est tout juste tolérée, et que la nature nous domine avec force.

L'insuffisance de compétences techniques

Une mauvaise connaissance de la montagne, une technique en ski insuffisante, une méconnaissance des règles élémentaires de sécurité (et du maniement des ARVA) diminuent la sécurité du groupe. Ils entraînent des retards qui accroissent les risques d'accident.

C'est un problème lié au précédent car si vous êtes bien conscient de vos capacités, alors vous ne vous engagerez pas dans des courses ou des passages que vous ne maîtrisez pas. Il est très rare que l'on se trouve, par le jeu de conditions totalement extérieures, pris dans une situation imprévisible. En ce cas, de vos capacités de réaction dépendra l'issue de l'aventure.

La méconnaissance des lieux

C'est un défaut qui a ses remèdes. L'étude détaillée de l'itinéraire apporte une connaissance de fond qui peut se compléter par les informations écrites ou orales glanées à droite ou à gauche.

EN GROUPE, ATTENTION
  • aux pertes de temps (dans les passages délicats)
  • aux surcharges (plaques à vent, versants ... )
  • à la multiplication des traces (déstabilisation de la neige)
  • à respecter les précautions (qui sont contraignantes et engendrent des attentes)

 

Les précautions à prendre en cours de déplacement

Anne VALLA

 

Faire une bonne trace

AU COURS DE LA MONTÉE

Choix de l'itinéraire

Précautions à prendre

 

AU COURS DE LA DESCENTE

Choix de l'itinéraire

Précautions à prendre

 

Sur le terrain, on peut s'exposer plus ou moins au danger. L'objet de cette fiche est de minimiser l'exposition du randonneur au danger d'avalanche. Celui-ci aura, au préalable, préparé son itinéraire et sera porteur du matériel de sécurité adéquat.

Faire une bonne trace

Il est assez rare qu'une course soit bien tracée de bout en bout. La trace devrait toujours être un compromis entre le cheminement le plus logique, le plus économique et le plus sûr. La trace ne doit pas faire de détours inutiles, elle doit vous faire marcher à effort constant, sans à-coup (les variations de rythme ou de régime sont tuantes) et elle ne doit pas vous exposer à des dangers objectifs (chutes, avalanches, crevasses, pierres ou séracs, barres de rocher ... ).
Une trace bien faite est toujours esthétique et devrait vous arracher ce cri d'admiration: «oh! on dirait du Samivel ... !»

Question sécurité, la trace ne doit pas vous conduire dans des pentes trop raides (difficulté pour tourner ou faire des conversions, pentes avalancheuses), ni vous faire traverser des zones exposées à des dangers objectifs (attention aux plaques à vent, méfiez-vous des corniches, surveillez les débouchés de couloirs. évitez les passages au dessus de barres).

AU COURS DE LA MONTÉE

Choix de l'itinéraire

Quand on fait, après coup bien sûr, l'analyse des accidents d'avalanche, on voit qu'ils auraient pu être évités par le choix d'un itinéraire judicieux. Les traces existantes ne sont pas forcément les meilleures pour les conditions du moment. Ces conditions évoluent et tel passage qui était sûr hier peut se révéler dangereux aujourd'hui. En règle générale, on pensera toujours à critiquer la trace existante, en fonction des conditions nivologiques et aussi de l'heure. Si les conditions sont douteuses. on évitera les zones où la neige s'est accumulée. Ces endroits se détectent au planter de bâton, la couche de neige perforée par le bâton devenant de plus en plus épaisse. Les indices laissés par l'action du vent (voir fiche n°1.2) doivent immédiatement attirer votre attention. Les endroits décapés par le vent sont toujours plus sûrs que les zones chargées. Ainsi, on préférera monter par une crête sans neige plutôt que par un raide couloir trop enneigé. Les corniches, saufen cas de brouillard. sont faciles à éviter. Il n'en est pas de même pour les plaques à vent qui seront à repérer, plus en fonction du relief que par leurs signes distinctifs (pas toujours évidents à noter). La topographie (plus facile à déchiffrer) et la direction du vent (traces au sol) sont les clés pour localiser ce piège qui est responsable de 3 accidents d'avalanche sur 4. Donc, méfiance !

Précautions à prendre

Si on est amené à traverser à la montée une zone dangereuse, la fuite vers le bas est très difficile en peaux de phoque, d'autant plus que c'est le traceur qui généralement déclenche l'avalanche. Le temps de réagir, et le skieur se trouve déjà emporté. les skis recouverts. Le traceur sera donc amené à anticiper et il adoptera quelques attitudes préventives. Tout d'abord, un seul skieur s'engagera dans la zone douteuse, et sera attentivement suivi par ses collègues. Il se fera naturellement le plus léger possible, évitant de solliciter la neige par des à-coups ou des conversions brutales. C'est ce que les montagnards appellent «marcher sur des oeufs». On préconise à juste titre, de dégager ses dragonnes. d'enlever ses courroies de sécurité et de porter le sac engagé par une seule bretelle (on peut aussi bannir les lanières en utilisant des stop-ski et fenner ses dragonnes par un velcro qui lâchera en cas de besoin). Si la neige est poudreuse et froide, on conseille aussi de se couvrir (une doudoune) et de porter un foulard sur la figure, foulard qui aura pour objet de vous protéger les voies respiratoires afin de ne pas inhaler de la poussière de neige.

Dans certains cas, il sera plus prudent de traverser un passage délicat et court à la descente. Ceci obligera le skieur à gravir quelques mètres ou dizaines de mètres en plus, mais en cas de déclenchement, il sera en bien meilleure position pour s'en tirer. Parfois, il est plus simple de passer à pied et même de s'encorder. Il faut savoir que le poinçonnement par les chaussures est moins dangereux pour la rupture d'une plaque que la surcharge transmise par les skis, surcharge qui affecte tout le manteau neigeux en faisant céder les ancrages les moins solides. Le passage une fois franchi, il importe de stationner à l'abri. Il ne faut pas s'arrêter trop bas dans ce qui peut être encore la zone présumée de départ de l'avalanche. On prendra garde aussi de ne pas se mettre sous une autre avalanche. Vous pouvez faire alors monter les autres coéquipiers. Pas tous à la fois, de grâce ! Trop d'accidents ont encore lieu de la sorte, le premier étant passé, le passage est déclaré non avalancheux, et tout le monde suit groupé.

On se rappellera quand même que le demi-tour est parfois la solution la plus raisonnable.

AU COURS DE LA DESCENTE

Choix de l'itinéraire

Une grande partie des remarques fonnulées à propos de la montée restent valables. Malgré tout, si vous déclenchez une avalanche, il est plus facile de lui fausser compagnie à la descente car vous avez déjà de la vitesse.

Lorsque les conditions sont propices aux avalanches, il faudra être très circonspect vis-à-vis des combes bien enneigées, souvent à cause d'un vent modéré auquel vous n'aurez pas prêté attention. On essayera, dans la mesure du possible, de tracer sa godille en pleine ligne de pente, afin de ne pas déstabiliser le panneau suspect. Les skieurs débutants sont, dans ce cas de figure, plus exposés au risque. En effet, ils ont la tentation de faire une grande traversée descendante suivie d'une conversion bien appuyée, et même ponctuée de chutes. Cette manoeuvre a pour résultat de découper le manteau en supprimant les ancrages amont. C'est d'ailleurs la plus vieille technique utilisée par les pisteurs pour purger les pentes ...
Il faudra aussi se méfier des changements de pente, car comme on l'a vu (fiche n°4.3) les forces de traction dues à la pesanteur s'exercent plus activement sur la partie raide. C'est d'ailleurs  à cet endroit précis que les avalanches partent naturellement comme vous l'avez sûrement déjà constaté.
Il faut toujours avoir présent à l'esprit ce qui se passerait si la pente que vous skiez se déclenchait. Cette attitude vous permettra d'éviter les pièges qui aggravent les conséquences de l'avalanche. Quels sont-ils ? On peut citer les barres de rocher (la chute est souvent plus grave que l'enfouissement sous la neige), les ravins, ruisseaux ou petits talus (grosses  accumulations de neige sur la victime, qui est écrasée par plusieurs tonnes de neige).
Enfin, on n'oubliera pas que la forêt offre toujours un refuge contre l'avalanche. Même si elle est inextricable, on la préfèrera au terrain découvert si les conditions sont trop «limites». Mais là aussi, on évitera les bords de talus. les creux et les fonds de ravins.

Précautions à prendre

Il faut être en permanence sur ses gardes afin de détecter les zones les plus dangereuses. Lorsque vous avez à en franchir une, n'engagez qu'une personne à la fois. Faites la surveiller par quelqu'un afin qu'en cas d'avalanche, vous sachiez exactement à quel endroit elle a été vue pour la dernière fois. C'est essentiel pour ne pas perdre de temps en recherches mal localisées. Lorsque le premier a franchi le passage. ne relâchez pas les consignes de sécurité. Même si la tentation de faire une trace avant les copains vous tenaille les entrailles, soyez raisonnable et attendez votre tour. On a vu trop souvent une pente douteuse se déclencher au passage du 5ème ou 10ème skieur. Si les consignes sont respectées (voir précautions à la montée) et s' il n'y a bien qu'un seul skieur à la fois, on n'aura à rechercher qu'une seule victime. Et c'est appréciable.

Afin de ne pas solliciter le manteau neigeux qui est justement instable, on attaquera la descente dans la ligne de plus grande pente. On essayera de choisir un axe qui est protégé par un petit éperon ou un gros rocher et on déterminera avec soin les points de repos ou de regroupement. Dans certains cas, il sera préférable d'enchaîner la descente sur une grande dénivellation, la pente n'ayant aucune faiblesse qui puisse offrir un abri en cas de rupture (entre parenthèses, les gens sérieux auront proscrit ce type de course en période avalancheuse, telle Ramu en Oisans, connu pour les accidents qui s'y sont déjà produits).