Le maintien de la biodiversité

 

1.1.1  1992 : L'année clef de la biodiversité

1.1.2  La biodiversité : un enjeu primordial

1.1.3  La biodiversité : un concept « opérationnel »

 

1.1.1 - 1992 : L'année clef de la biodiversité

Grâce au «Sommet de la Terre» réuni à Rio de Janeiro en juin 1992, le grand public découvrait un mot nouveau: «biodiversité». Ce concept faisait depuis déjà près de dix ans l'objet de débats au sein de la communauté scientifique. En fait, pour les gestionnaires d'espaces naturels, l'année 1992 avait commencé par un autre événement marquant: le IVème congrès mondial sur les parcs nationaux et les aires protégées. Dès février, près de 1 500 participants s'étaient réunis à Caracas pour faire le bilan de dix années de protection des espaces naturels de par le monde. Après Seattle (1962), Wyoming (1972) et Bali (1982), la Commission des parcs nationaux et des aires protégées de l'UICN, conviait l'ensemble des praticiens à dresser un bilan de la politique de création et de gestion des aires protégées dans le monde. Caracas fut l'occasion de faire le point sur l'évolution des connaissances fondamentales en matière de biologie de la conservation, d'échanger des expériences dans les domaines variés touchant à la pratique courante de la protection de la nature, l'administration ou le droit. Les concepts de développement durable, de biodiversité et de ressources génétiques furent aussi identifiés comme devant faire partie des préoccupations majeures des gestionnaires d'aires protégées.

La Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), surnommée «Sommet de la Terre» se réunissait quelques mois plus tard à Rio de Janeiro. Cette conférence est un événement rare. Elle fait suite à la Conférence de Stockholm en 1972, qui avait permis d'alerter l'opinion mondiale sur la dégradation de l'environnement du globe. A cette occasion un groupe de réflexion animé par l'ancien Premier Ministre suédois Harlem Gro Brundtland avait débouché sur un rapport qui a fait date: «Notre avenir à tous».
«Le sommet de la terre», a permis d'attirer l'attention de tous sur la biodiversité, thème aujourd'hui au coeur des discussions internationales en matière d'environnement.

1.1.2 - La biodiversité : un enjeu primordial

La biodiversité est présentée comme un concept englobant qui, au-delà de l'effet de mode, permet de porter un regard nouveau sur l'ensemble des composants de la biosphère ou de ce que l'on appelle plus communément la nature ou le patrimoine naturel.

Le concept de biodiversité fait référence à l'ensemble des variations qui existent au sein du monde vivant, c'est-à-dire au nombre, à la variété et à la variabilité des organismes. On a pris l'habitude de décrire ou d'appréhender ces variations en terme de niveaux d'organisation :

  •  les gènes, correspondant à la diversité infra-spécifique,
  • les espèces qui constituent le niveau de la diversité spécifique,
  • les écosystèmes composants de la diversité écosystémique ou écologique.

La biologie moderne tend en fait à effacer les différences entre diversités spécifiques et génétiques. La biologie de la conservation s'intéresse ainsi à la gestion de la diversité génétique des populations animales et végétales dans le but d'assurer leur survie sur le long terme des espèces.

Les auteurs de la Stratégie mondiale pour la conservation (1) ont d'autre part proposé un thème supplémentaire: celui de la diversité culturelle des populations humaines. Il serait faux de croire qu'un tel niveau ne trouve sa pertinence que sous les tropiques ou dans de lointains pays en voie de développement. En Europe aussi, les peuples ont modelé le monde vivant en fonction de leurs préférences culturelles. Aujourd'hui l'exode rural dans les territoires où la vie est plus difficile, l'abandon de pratiques traditionnelles, la perte de savoirs populaires ne sont pas sans poser des problèmes de maintien de certaines facettes de la biodiversité.

Depuis quelques dizaines d'années, les paysages naturels connaissent en France des bouleversements considérables et ces mutations s'accompagnent d'une baisse de la diversité biologique. Globalement, deux types de tendances sont observées (cadre n°2) :

  • Les grandes plaines agricoles voient leur production s'intensifier: les parcelles sont remembrées, les haies et les bosquets sont arrachés, les cours d'eau recalibrés etc ...
  • Les zones les moins productives connaissent au contraire un abandon progressif et les terres deviennent des friches.

Dans les deux cas, ces changements se traduisent par une banalisation et une uniformisation des paysages (exemples n°2 et n°3) et une baisse de la diversité biologique. Dans les zones intensifiées on n'observe pratiquement plus que de vastes parcelles de monoculture et les milieux marginaux disparaissent totalement. Les zones en déprise agricole évoluent quant à elles progressivement vers des formations végétales qui sont homogènes pour un même secteur.

Les perspectives d'évolution économique permettent de penser que ce phénomène va continuer à s'accentuer: la production sera de plus en plus concentrée sur les zones les plus favorables et elle ne pourra s'y maintenir que grâce à des gains de rentabilité. Même si on améliore progressivement les techniques d'aménagement de l'espace (meilleure prise en compte de l'environnement dans les opérations de remembrement, les travaux hydrauliques, les ouvrages routiers ... ) et si des efforts sont faits pour favoriser une meilleure répartition des activités économiques sur le territoire national, il est certain que dans de nombreuses régions, la diversité biologique va continuer à régresser.
Quels que soient les efforts qui pourront être déployés, il ne sera pas possible de stopper cette dynamique et la meilleure chose que l'on puisse espérer est une amélioration progressive des modes d'utilisation de l'espace.

Les gestionnaires des espaces protégés possèdent donc une responsabilité particulière puisqu'ils sont souvent les seuls à pouvoir garantir le maintien de certains éléments de la diversité biologique. Le réseau des espaces protégés constitue ainsi un «réservoir de biodiversité» qui pourra éventuellement servir plus tard à une reconquête de domaines plus vastes si les générations futures souhaitent revenir à une gestion plus équilibrée des milieux naturels.

1.1.3 - La biodiversité : un concept «opérationnel»

L'approche «biodiversité» ne se limite pas à un simple catalogue des différents éléments composant un espace donné: son originalité tient au fait qu'elle sensibilise les gestionnaires à la notion d'interactivité entre les différents niveaux d'organisation des écosystèmes. Elle doit être appréhendée dans un espace naturel de manière globale.

Les espèces qui constituent une biocénose ont en effet coévolué à l'éch elle des temps géologiques. Les adaptations physiologiques, la répartition des niches éco logiques, les mécanismes de régulation des populations etc ... , sont le résultat d'un façonnage progressif qui s'est effectué sous l'influence réciproque des différents organismes qui appartiennent à un même écosystème. Il en a résulté des situations d'interdépendances et d'équilibres que l'on retrouve en grande partie dans les milieux qui sont issus de l'agriculture traditionnelle. Ceux-ci sont en effet le résultat de modifications graduelles des biotopes originels au fur à et à mesure que les hommes ont adapté les milieux naturels à leur profit. Lorsque des espèces disparaissent c'est surtout le potentiel génétique issu de cette coa daptation mu/timillénaire qui est détruit. On ne reconstituera jamais par exemple la capacité d'un prédateur à réguler les populations d'un insecte qui peut se révéler un redoutable ravageur de cultures.

Le concept de biodiversité permet donc d'attirer l'attention des gestionnaires sur l'importance de la fonctionnalité des écosystèmes. Le rôle des espaces protégés consiste non seulement à conserver des espèces vivantes mais également à leur permettre de se maintenir dans des systèmes en ordre de marche.

(1) WRI, VIeN et PNEU (1992) : Stratégie mondiale pour la conservation

 

La conservation des espèces animales et végétales

 

1.2.1  L'importance de la diversité génétique pour la survie des especes

1.2.2  Notion de population minimale viable

1.2.3  Superficie, fragmentation et hétérogénéité de l'habitat

1.2.4  Les espèces menacées de disparition

1.2.5  Les espèces en voie de raréfaction

1.2.6  Les écotypes


1.2.1 - L'importance de la diversité génétique pour la survie des especes

Même les écosystèmes peu perturbés, qui peuvent paraître stables à l'échelle humaine, connaissent des remaniements constants à l'échelle de l'évolution des espèces. C'est la diversité du patrimoine génétique des êtres vivants qui leur permet de se maintenir tout en s'adaptant à ces modifications: plus une espèce a de ressources génétiques, plus elle a de chances de pouvoir s'adapter lorsque surviennent des changements des conditions du milieu dans lequel elle vit. Cette diversité génétique est d'autant plus importante lorsque les modifications sont fréquentes et brutales. Dans le monde moderne où des perturbations constantes affectent les milieux naturels, ce caractère est donc essentiel pour la survie des espèces (cf exemple n°4).

Il existe une abondante littérature qui traite de l'influence de la répartition des différentes populations d'une même espèce sur sa diversité génétique et donc sur sa capacité de survie. Il est généralement admis que l'idéal est que l'espèce soit organisée en métapopulations. Une métapopulation est un ensemble de sous populations d'une même espèce qui sont séparées dans l'espace mais qui peuvent malgré tout avoir des échanges sporadiques. Comme chacune d'entre elles évolue distinctement, elle développe ses propres caractères adaptatifs et possède ainsi un génome qui est différent de celui des autres. Lorsque les différentes sous populations entrent en contact les unes avec les autres, elles peuvent donc s'enrichir mutuellement.

La fonction de conservation des espèces qui est attribuée aux espaces protégés ne doit donc pas être considérée au travers de la seule protection de quelques «spécimens d'êtres vivants» comme ce serait le cas dans un jardin zoologique. La biologie de la conservation met de plus en plus l'accent sur les ressources génétiques car elles conditionnent le devenir des espèces à long terme.

1.2.2 - Notion de population minimale viable

«La biologie de la conservation est une science orientée vers les situations de crise. Elle est de ce fait confrontée au difficile défi de compréhension et de prédiction de la dynamique à long terme de systèmes complexes» (1).
Le biologiste Schaffer a précisé en 1981 les «diverses sources d'incertitude» qui peuvent menacer les populations d'espèces animales et végétales et les conduire à l'extinction. Il distingue :

  • Les facteurs aléatoires (stochastiques) de l'environnement, (variations permanentes de l'environnement des populations incluant facteurs physiques, prédateurs, parasites, maladies et compétiteurs). Plus l'ampleur de ces variations est importante plus le risque d'extinction est grand.
  • Les catastrophes naturelles, qu'elles soient aléatoires ou périodiques (feux, tremblements de terre, cyclones, épizooties, etc.). Face à ce type de catastrophes naturelles, les espèces nécessitent des effectifs importants pour espérer survivre.
  • Les variations démographiques aléatoires. Ce phénomène concerne essentiellement les petites populations (de moins de 50 individus en général) pour lesquelles des causes purement démographiques peuvent créer des variations dans la taille des populations indépendamment des modifications de l'environnement.
  • Enfin les caractères aléatoires liés à la diversité génétique des petites populations souvent génétiquement peu diversifiées et pouvant être soumises aux dépressions de consanguinité (cf exemple n°5).

Face à ces différentes sources d'incertitudes, le but des espaces protégés est de favoriser l'augmentation des effectifs (ou le maintien d'effectifs élevés) dans les populations à conserver.

1.2.3 - Superficie, fragmentation et hétérogénéité de l'habitat

Superficie, fragmentation et hétérogénéité de l'habitat constituent des paramètres essentiels à prendre en compte pour la gestion d'une espèce :

  • De la superficie de l'habitat va directement dépendre l'effectif de la population. Pour chaque espèce il sera théoriquement possible de définir un ordre de grandeur de la superficie minimale nécessaire par couple ou par individu. Cet ordre de grandeur sera variable selon chaque espèce (cf exemple n°6).
  • La fragmentation d'un habitat pourra avoir des conséquences extrêmement néfastes sur la survie des espèces qui y sont inféodées tout d'abord en réduisant les superficies potentiellement favorables en deçà du seuil permettant le maintien d'un individu ou d'un couple. Cette superficie sera d'autant plus importante que l'espèce est de grande taille et qu'elle se trouve située au sommet d'une chaîne trophique.
  • La fragmentation pourra aussi avoir des conséquences non négligeables par perte d'hétérogénéité de l'habitat. Des espèces ayant besoin de deux ou trois types de milieux pour réaliser leur cycle (batraciens nécessitant un habitat à la fois terrestre et aquatique par exemple) peuvent ainsi se trouver dans l'impossibilité de se déplacer de l'un à l'autre du fait de la fragmentation de leur habitat d'origine.

Certains biologistes de la conservation comme Michael Soulé considèrent que «dans leur majorité les réserves naturelles dans le monde sont trop petites, la viabilité, au sens strict, étant probablement impossible pour certaines populations». Cette opinion concerne essentiellement les espèces situées au sommet des chaînes trophiques. Nous verrons plus loin qu'elle est aussi pertinente lorsqu'il s'agit de conserver des écosystèmes.

1.2.4 - Les espèces menacées de disparition

Malgré l'amélioration des réglementations de protection, il est probable que de nombreuses espèces animales et végétales vont continuer à régresser et que certaines vont même disparaître.

En ce qui concerne les espèces végétales, le cadre n°4 montre que c'est dans les pays de l'Europe du Sud, et parmi eux la France, qu'il y a le plus d'espèces menacées. Le Conseil de l'Europe considère ainsi que 75 % des plantes endémiques de notre pays courrent un danger immédiat (2).
Pour ce qui est des espèces animales, on estime que 35 % des amphibiens, 25 % des poissons, 24 % des mammifères et 15 % des oiseaux sont menacés. Le cas de beaucoup d'oiseaux et de certains mammifères suscite des initiatives de protection, de réimplantation ou de renforcement de populations mais la disparition de nombreux invertébrés se poursuit par contre dans une indifférence presque générale. En Hollande, on estime que 70 espèces de papillons, soit 24 % des représentants de ce groupe, ont d'ores et déjà disparu. En Angleterre, les évaluations réalisées dans le Suffolk ont mis en évidence une perte correspondant à 42 % des lépidoptères recensés au siècle dernier. Il est probable que de tels phénomènes sont en train de se produire à l'heure actuelle en France, mais l'absence d'inventaire national ne permet pas d'apprécier la gravité de la situation (3).

Au Royaume Uni, en Allemagne et dans les Pays du Benelux, la mutation de l'espace rural s'est produite plus tôt que chez nous et elle est pratiquement achevée à l'heure actuelle. En France par contre, les processus de bouleversement des paysages naturels n'ont réellement commencé qu'il y a une trentaine d'années et ils se poursuivent encore aujourd'hui. Dans les zones les plus productives, les espèces qui sont confinées dans les milieux marginaux vont continuer à se raréfier. Dans les zones en déprise agricole, les espèces caractéristiques des agro-écosystèmes traditionnels vont disparaître progressivement. Les prairies humides, les «friches à moutons», les bocages, les zones de polyculture sont menacés à court terme et, avec eux, les espèces d'invertébrés qui leur sont inféodées.

Une des fonctions primordiales des espaces protégés est donc de servir de refuge pour les espèces menacées et de mettre en oeuvre des moyens de gestion qui leur permettent de se maintenir.

1.2.5 - Les espèces en voie de raréfaction

Il existe d'autre part des espèces qui, sans être réellement menacées de disparition, ont vu leur statut se dégrader. Il peut s'agir soit d'espèces animales dont les effectifs ont diminué sensiblement, soit de plantes ou d'animaux qui se sont raréfiés dans certaines régions tout en restant relativement bien représentées au niveau national (exemple n°13).

Cette situation se traduit par un appauvrissement des écosystèmes qui peut parfois engendrer des déséquilibres néfastes à leur fonctionnement global :

• L'absence de prédateurs peut favoriser la prolifération de certains types de proies qui sont parfois néfastes aux cultures. En effet, l'abondance des chouettes, des busards, des faucons crécerelle, des belettes etc ... peut avoir une influence sur la fréquence et l'intensité des pullulations cycliques de micromammifères.

• Inversement,l'abondance de certaines catégories de proies conditionne la répartition des prédateurs. La fréquentation des plans d'eaux par le Fuligule morillon par exemple est directem ent dépendante de la présence d'un petit nombre d'espèces de mollusques aquatiques.

Les espaces protégés ont un rôle important à jouer en tant que réservoirs d'espèces peu communes au niveau d'une région. Ils pourront ainsi contribuer, soit dans l'immédiat soit lorsque les conditions seront redevenus meilleures, à la recolonisation des milieux environnants.

La présence de telles «têtes de ponts» et importante car beaucoup de plantes ou d'animaux n'ont qu'un pouvoir de dissémination relativement faible :

• Les végétaux qui ont des graines volumineuses ne peuvent généralement coloniser que très progressivement de nouveaux milieux. Même parmi les plantes dont la dispersion est assurée par le vent, on trouve beaucoup d'espèces à capacité de colonisation médiocre car celle-ci dépend de la probabilité de survie de graines et de leurs chances d'atterrir sur un biotope corresp ondant aux exigences de l'espèce.

• Chez les animaux également, l'évolution de la répartition spatiale est parfois très lente, même lorsque des biotopes apparemment favorables pourraient être colonisés. En Angleterre, il a pu être montré qu'un rideau de buisson de 10 mètres de large suffisait à empêcher toute communication entre deux populations de Lysandra bel/argus (Lepidoptère).

1.2.6 - Les écotypes

Même pour les espèces dont le statut est globalement satisfaisant, il peut s'avérer intéressant de protéger certaines populations qui se sont développées dans des conditions écologiques particulières. En effet, des sous-populations isolées dans un environnement très sélectif développent souvent des caractères qui leur permettent une meilleure adaptation aux conditions du biotope qu'elles occupent. Ces écotypes possèdent des caractéristiques génétiques propres qu'il est important de préserver pour assurer le maintien à long terme de l'espèce dans le milieu considéré.

Les classifications des animaux et des végétaux en sous-espèces et races, qui ont pendant longtemps constitué l'essentiel du travail des taxonomistes, sont de plus en plus remises en cause par les travaux de la génétique moderne. En effet, les techniques actuelles qui permettent d'évaluer le degré de proximité phyllogénétique des groupes d'êtres vivants contredisent fréquemment les classifications établies sur des critères phénotypiques. Plutôt que de parler de sous-espèce, il est donc plus sûr de parler d'écotype lorsqu'il s'agit de désigner une population qui est demeurée confinée à l'intérieur d"unee aire bien délimitée et qui possède des caractéristiques génétiques particulières.

Dans cette catégorie on peut citer par exemple la Perdrix grise des Pyrénées qui appartient à l'espèce Perdrix perdrix mais qui ne descend que rarement en-dessous de 900 m d'altitude et qui est parfaitement adaptée aux conditions montagnardes. Cette population génétiquement distincte pourrait être menacée par l'hybridation avec des Perdrix issues des lâchés réalisés à des cynégétiques.

                                                                                                                                                        

(1) M.E.SOULE (1985) - What is conservation biology ? Biosciences, vol.35, p 727 - 734.

(2) Conseil de l'Europe (1983) : Liste des plantes rares, menacées et endémiques en Europe Voir également :
- LESOUEF (1986) : Les plantes endémiques et subendémiques les plus menacées de France. Conservatoire Botanique de Brest, 258 p.
- CHAUVET (1989) : Plantes sauvages menacées de France, bilan et protection. Actes du colloque de Brest, 8-10 Octobre 1987  - Lavoisier édition, Paris, 424 p.
- FILOSA (1989) : Les plantes messicoles dans le Parc Naturel du Lubéron et les contrées limitrophes. Leur statut en France. Conservatoire botanique de Porquerolles, Ministère de l'Environnement, 207 p.

(3) Voir par exemple :
- Conseil de l'Europe (1981) : Rhopalocères menacés en Europe
- Conseil de l'Europe (1987) : Invertébrés ayant besoin d'une protection spéciale en Europe
- Conseil de l'Europe (1988 ) : Protection des libellules (Ordonates) et de leurs bi otopes
- Conseil de l'Europe (1989 ) : Les invertébrés saproxilliques et leur protection
- Conseil de l'Europe (1990) : L'importance biologique et la conservation des hyménoptères en Europe
- OPIE (1987) : Les insectes protégés en Europe - Bilans et perspectives - Cahiers de liaison de l'OPIE, 24, (67), 87 p.
- COUTIN (1978) Raréfaction ou disparition des ins ectes - Cahiers de liaison de l'OPIE, 30, (3), p 10-12.
- GOFFART, BAGUETTE et STROOP (1989) ; Evaluation, élaboration, exécution et gestion d'actions urgentes visant à sauvegarder les espèces menacées de disparition; en priorité les plantes inférieures et les invertébrés - Partie l : Invertébrés.
Rapport à la direction générale de l'Environnement de la Commission des Communautés Européennes, Bruxelles, 148 p.
- THOMAS (1991) ; Rare species concervation, rare studi es of european butterflies. In : the scientific management of tempera te communities for concervation, 31 th symposium of the british ecological society, Southampton, 1989; p 149-197.
- COLLINS et THOMAS (1991) : The concervation of ins ects and their habitats. 15 th Symposium of the Royal Entomological Society of London.
Academic press, London, 450 p.

 

La protection des écosystèmes


Dans beaucoup de cas, la mise en place des politiques de protection des espèces se heurte au manque de connaissance du statut des groupes concernés. L'identification des types de milieux naturels qui sont eux mêmes en voie de disparition permet de compenser en partie ces lacunes. En effet, les espèces qui sont en voie de régression sont souvent inféodées à des milieux qui sont eux mêmes peu communs ou menacés. Il est plus facile de répertorier les milieux rares que de recenser toutes les espèces qu'ils hébergent.

La stratégie de protection des biotopes permet d'autre part d'intégrer l'ensemble du fonctionnement des écosystèmes concernés. Les milieux actuellement en voie de raréfaction en France sont presque toujours des milieux semi-naturels c'est-àdire qu'ils ont été progressivement façonnés par l'homme au fur et à mesure que les paysages agricoles se mettaient en place.

Depuis le Néolithique, les communautés végétales et animales se sont ainsi adaptées à ces agroécosystèmes en créant des réseaux complexes d'interactions. Il est donc souvent difficile d'assurer la protection d'une espèce lorsque l'écosystème auquel elle appartient est lui même dégradé. Parmi les types de milieux qui disparaissent très vite, il y en a beaucoup qui souffrent simplement d'un manque d'entretien du fait de l'abandon de l'agriculture traditionnelle (landes, pelouses calcaires, pâturages d'altitude...). D'autres sont victimes de l'intensification de l'exploitation agricole ou forestière (prairies humides, marécages, bOIsements rivulaires, bocages...) ou de la pression touristique (dunes, milieux littoraux, zones de montagne, escarpements rocheux, grottes...).

La sauvegarde de beaucoup de ces milieux ne peut se faire que par la mise en oeuvre de modes de gestion spécifiques. En effet, s'il semble possible de faire évoluer l'agriculture ou la sylviculture vers des modes d'exploitation moins agressifs vis-à-vis de l'environnement, il est illusoire de prétendre restaurer les pratiques traditionnelles. La conservation d'un certain nombre de milieux qui constituent des vestiges des anciens paysages incombe donc aux espaces protégés.

La place de l'homme dans les espaces protégés

 

1.4.1 Le rôle pédagogique

1.4.2 Le rôle social

1.4.3 Le rôle économique


Les espaces protégés ne souffrent généralement pas d'un excès d'indifférence de la part du public. Le plus souvent, leurs gestionnaires se plaignent plutôt des problèmes que leur pose un afflux massif de visiteurs.
Cette demande d'accès doit évidemment être intégrée dans la problématique de gestion. Elle doit être considérée comme un élément majeur de l'évolution de notre société et comme un facteur positif d'intégration de la politique de protection du patrimoine naturel dans le contexte social.

1.4.1 - Le rôle pédagogique

Beaucoup de gestionnaires d'espaces protégés adoptent volontiers une attitude «militante» : les réserves naturelles sont considérées comme des lieux privilégiés pour convaincre le public de la nécessité de protéger la nature. Il est certain qu'elles ne constituent qu'une très faible proportion du territoire national et que si leurs responsables veulent avoir une influence significative sur la préservation de l'environnement, cela ne peut se faire que par le biais du prosélytisme. Ce parti pris ne nécessite cependant pas forcément de haranguer les foules: c'est surtout parce que la nature est belle que les visiteurs seront convaincus de la nécessité de la conserver telle qu'elle. Une des fonctions principales des espaces protégés est donc de montrer au plus grand nombre des milieux naturels les plus beaux possibles.
Cela suppose que ces espaces ne soient pas considérés comme des sanctuaires accessibles uniquement à un petit nombre d'initiés mais qu'ils soient aménagés, chaque fois que cela est possible, pour accueillir de nombreux visiteurs. Un des objectifs du plan de gestion est donc de rechercher comment concilier la protection des milieux et l'accès du public.

L'accueil des scolaires constitue naturellement un des meilleurs moyens d'oeuvrer pour l'évolution des mentalités en matière de protection de l'environnement. Les parcs nationaux et régionaux ainsi que les réserves naturelles consacrent généralement des moyens importants à la pédagogie de l'environnement. Il s'agit de toute évidence d'un investissement à long terme mais qui ne peut que s'avérer payant: l'extension des zones protégées ne se fera que si les générations futures sont convaincues de leur nécessité. La familiarisation des enfants avec les questions relatives au fonctionnement des milieux naturels est d'autre part à même d'engendrer de nouvelles attitudes par rapport à l'environnement. Le contact avec la nature sauvage, avec tout ce que cela comporte de sensations nouvelles, constitue généralement pour de jeunes citadins une expérience forte, qui les marque durablement.

1.4.2 - Le rôle social

Même indépendamment des arrières pensées «propagandistes », les espaces protégés peuvent difficilement se soustraire à la demande d'accès du public. La recherche du contact avec la nature est en effet une caractéristique majeure de l'évolution de notre société : l'homme moderne est de plus en plus séparé du cadre dans lequel il a évolué depuis ses origines et il éprouve le besoin périodique de se « ressourcer ».

Les espaces protégés ne doivent donc pas sous-estimer leur rôle social au profit des seuls objectifs de protection de l'environnement. Le «grand bol d'air» que viennent prendre leurs visiteurs n'a pas seulement une fonction physiologique, il a également une importance psychologique. De tels comportements font partie du fonctionnement de la société actuelle et l'accueil périodique d'un assez grand nombre de touristes ou de riverains doit être considéré comme un phénomène normal, au même titre que le passage des oiseaux migrateurs ou la pousse des feuilles au printemps.

1.4.3 - Le rôle économique

Le développement récent du tourisme de nature a fait naître un intérêt nouveau pour les espaces protégés de la part des élus et des personnes chargées du développement économique.

Les gestionnaires des réserves acceptent généralement assez mal de se voir considérer comme des «produits» ou comme des « gisements touristiques ». Cette situation constitue pourtant une chance incontestable pour le développement des espaces protégés. En effet, depuis qu'on leur reconnaît une fonction économique, ils acquièrent une légitimité sans précédent et leur existence même fait l'objet d'un consensus de plus en plus grand parmi les décideurs.
L'accroissement rapide des acquisitions réalisées par les Conseils Généraux dans le cadre des Espaces Naturels Sensibles est lié de toute évidence à ce phénomène.

Il s'agit donc d'une situation qui permet d'inscrire la protection de milieux naturels dans un cadre politique global et qui ne peut qu'être à son avantage. Le tout est de gérer convenablement cette situation et de ne pas vendre son âme sous prétexte de valorisation économique. Il existe de multiples façons d'intégrer des espaces protégés dans le contexte économique local sans pour autant les transformer en zoos ou en jardins botaniques.